A la découverte du Québec (ppt)

Histoire du Québec Imprimer Envoyer


Histoire du Québec et de l'Amérique du Nord
(Manfred Overmann)

Chapitre 1: Histoire du Québec
1.Introduction
1.1. La légende d'un peuple
1.2. Les Amérindiens

2. L'implantation française
2.1. Le XVIe siècle : Les premières tentatives
(I) Début de l'exploration française (1524-1607)
Le XVIIe siècle

(II) La Nouvelle-France et la Compagnie des Cent-Associés (1608-1663) - Ancrages
Pierre Du Gua de Monts et Samuel de Champlain - La fondation de Québec (1608)
La famille Hébert (1617)
La compagnie des Cent-Associés et les frères Kirke (1627, 1629-1632)
Fondation de Montréal (1642)
 (III) Assises 1663-1700
Arrivée de Jean Talon et les "filles du roy"
Le XVIIIe siècle
(IV) Expansions et premiers échecs (1700-1750)

Signature du traité d'Utrecht
(1713)
(V) La fin de la Nouvelle France (1750-1763)

Déportation des Acadiens (1755)

Début de la guerre de Sept Ans
(1756)
Siège de Québec et capitulation (1759/1760)
Traité de Paris (1763) 
La proclamation royale de 1763
L'Acte de Québec 1774
L'Acte constitutionnel de 1791
La rébellion des Patriotes de 1837-1838
Extraits du rapport Durham (1838)
L'Acte d'Union 1840
L'Acte de l'Amérique du Nord britannique (Loi constitutionnelle de 1867)

Le XXe siècle
Le Québec dans la tormente
La grande dépression et la Deuxième Guerre mondiale 1929-1945 
Statut de Westminster, 1931: la déclaration d'indépendance du Canada (cf. Histoire constitutionnelle)
Indépendance de la Cour suprême du Canada, 1949 (cf. Histoire constitutionnelle)
Les années Duplessis et la grande noirceur (1945-1960)
Révolution tranquille et nationalisme (1960-1975)
  Les lois linguistiques et les deux référendums (1976-1995)
Loi constitutionnelle de 1982 sur le Canada (cf. Histoire constitutionnelle)
L'Accord du lac Meech, 1987: entente et discorde (cf. Histoire constitutionnelle)
L'entente constitutionnelle de Charlottetown (cf. Histoire constitutionnelle)
L'entente de Calgary de 1997 (cf. Histoire constitutionnelle)
Développements actuels (en préparation)



Chapitre 1: Histoire du Québec
Introduction

Vidéographie sur l'histoire de France

Nous présentons un survol de l'émergence de la nation québécoise en Amérique du nord depuis la Nouvelle-France jusqu'à nos jours en effleurant les sujets principaux sans vouloir être exhaustif (
pour une vision plus complète du Québec, se référer à notre bibliographie en ligne).

Dans les manuels d'histoire du Québec il est courant de distinguer l'antagonisme entre la période française et la période britannique, même si le découpage interne des deux périodes varie en fonction des auteurs.
Jean-Claude Corbeil parle des "deux moments clés de l'histoire du Québec" (L’aménagement linguistique au Québec. Rapports sur la situation de la langue française au Québec, Office Québécois de la langue française, p. 1 suiv.). La première période de l'histoire qui marque l'origine de la Nouvelle France oscille bien entre deux dates: l'une, 1534, correspond au début de la découverte avec le malouin Jacques Cartier et l'espoir promis d'une terre nouvelle à explorer, l'autre, 1760, délimite la conquête et 1763  la cession du territoire à l'Angleterre et relate le drame français en Amérique du Nord. Le point culminant de l'expansion coloniale est atteint à l'époque du régime royal français de Louis XIV, tandis que le déclin est amorcé par le Traité d'Utrecht en 1713 et se poursuit par l'abandon sous Louis XVI après la défaite sur les plaines d'Abraham. Le registre lexical du terme "conquête" est employé sur un ton défaitiste ou victorieux selon que l'auteur est anglophone ou francophone. En ce qui concerne l'histoire culturelle et identitaire québécoise, cette première période d'incubation de l'identité (cf. Conseil Supérieur de la langue française) désigne la "naissance" du Québec dans son aspect socioculturel. Le français est la langue unique (en dehors des langues amérindiennes), la religion catholique devient le ciment idéologique et le droit coutumier l'ossature institutionnelle (Canet, Raphaël, 1997: Communauté, nation et nationalisme : Le cas québécois. Document de la Chaire de Recherche du Canada en Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie. PDF, p. 55; cf. aussi Dechêne, Louise, 2008: Le peuple, l'État et la guerre au Canada sous le régime français. Montréal: Boréal.)

Le deuxième moment clé de l'histoire du Québec
est marqué par le régime militaire britannique et débute au lendemain de la défaite des Français à Québec. Cette période se poursuit jusqu'à la naissance de la Confédération canadienne qui transforme la relation de colonie britannique en un état indépendant (le Canada) à part entière. Ces deux périodes historiques (1543-1763-1867) correspondent ainsi à la présence des deux nations fondatrices du Canada moderne. Elles reflètent et incarnent aussi les origines du débat linguisitque, les revendications politiques et celles de l'identité culturelle du Québec actuel. - Au XIXème siècle, le poète Louis Fréchette qui est reçu lauréat de l'Académie Française en 1880 pour ses Poésies Canadiennes, c'est-à-dire françaises, partage dans sa "Légende d'un peuple" (1887) qui est un hymne à la mémoire des Français du Canada,  l'histoire de son pays en trois fières époques: 1. le  temps de la découverte, de l'exploration, des missions civilisatrices et de l'évangélisation: "La première (période) est consacrée à la découverte de l'Amérique et du Canada, aux premiers missionaires et explorateurs ainsi qu'aux luttes contre les Iroquois" 2. le temps des luttes et de l'abandon: "la deuxième s'inspire des principaux épisodes de la guerre contre les Anglais, surtout de la campagne de 1760 et de ses résultats" et  3. le temps du réveil d'une nation face à l'Angleterre, des Papineau et autres Saint-Denis lors de la rébellion des patriotes: "la troisième a trait à certains faits marquants du régime anglais, comme la bataille de Châteauguay, la rébellion de 1837 et la condamnation de Louis Riel" (Fréchette, Légende d'un peuple, p. 3; cf. Bessette, Gérard, Geslin, Lucien et Parent, Charles, 1968, Histoire de la littérature canadienne-française. Montréal: Centre éducatif et culturel, Inc.).

La troisième période clé de l'histoire est celle durant laquelle le Québec sort de la grande noirceur de la période duplessiste pour retrouver un élan identitaire avec la révolution tranquille (1960) et les lois linguistiques (1977). Elle débouche sur la question indépendantiste et référendaire (1980) ainsi que sur le refus du
gouvernement du Québec de signer le rapatriement de la constitution du Canada (1982). Les échecs des Accords du lac Meech (1987) et de Charelottetown (1992) entraînent un deuxième référendum sur la séparation du Québec à l’automne 1995. Les séparatistes sont battus de peu mais leur défaite provoque de lourds changements. Le Parlement adopte tout de même la mesure législative qui fait du Québec une société distincte en promettant qu’il va dans l’avenir opérer les changements constitutionnels nécessaires.

Lorsque nous déterminons les périodes historiques par rapport à l'évolution du statut de la langue française et aux différentes identifications des francophones  dans l'histoire du Québec, nous pouvons même distinguer quatre étapes: 1. la langue au statut royal parlée par les Français du Canada (1534-1760), 2. le français menacé par l'anglais (1760-1840) des "Canadians", 3. le français sans statut particulier (depuis l'Acte d'union en 1840) parlé par les "French-Canadians" et 4. la reconquête du français en tant que langue "d'État" (depuis les années 1960) parlé par les Québécois. (cf.
Conseil supérieur de la langue française, sous la direction de M. Plourde et avec la participation de H. Duval, 2000: Le français au Québec, 400 ans d’histoire et de vie. Québec : FIDES).

Le Québec du dernier demi-siècle a  accompli un rattrapage économique spectaculaire, mais il est menacé par un déclin démographique important, par
la concurrence mondiale de la part des pays asiatiques, par le fardeau d'un endettement public exorbitant et un chômage s'élevant à 7 %. Aux élections du 14 avril 2003, le Parti libéral du Québec (PLQ) de Jean Charest remporte la victoire. Il est réélu avec 33 % des voix (en baisse de 13 points par rapport à 2003) après de nombreux revirements de situation pour un deuxième mandat le 26 mars 2007. L'Action démocratique du Québec (ADQ) obtient 31% (en hausse de 13 points par rapport à 2003) et forme l'opposition officielle. Le Parti québécois obtient 28% (en baisse de 5 points), le Québec solidaire 4 % (en hausse de 3 points) et le Parti vert du Québec également 4 % (en hausse de 3 points). C'est la première fois depuis 1878 que le Québec a choisi d'élire un gouvernement minoritaire. Précisons qu'en vertu de la tradition parlementaire québécoise, le gouvernement doit, pour exercer le pouvoir exécutif, avoir l'appui d'une majorité des députés de l'Assemblée nationale, selon le principe du gouvernement responsable. Si, sur une question importante, plus de 50% des députés lui refusent leur confiance, le premier ministre doit présenter la démission de son gouvernement. Le représentant de la couronne britannique déclenche alors de nouvelles élections, comme le veut la constitution.

  • Ligne du temps de l'histoire du Québec
  • Confédération pour enfants (Bibliothèque et Archives Canada)  Ce site a été conçu pour les jeunes de 9 à 13 ans qui veulent savoir comment le Canada est devenu un pays. Prélude, provinces, personnalités, lexique
  • L'histoire du Québec
  • Première histoire générale des établissements français en Amérique du Nord en PDF  - Charlevoix, Pierre-François-Xavier de (1682-1761): Histoire et description générale de la Nouvelle France [Texte imprimé] ; avec le Journal historique d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale. Paris : chez Pierre-François Giffart : puis chez Nyon fils, 1744. 3 vol. : pl. et cartes ; in-4. Bibliothèque Nationale de France, ouvrage électronique.


« Vous connaissez l’Angleterre, y est-on aussi fou qu’en France? C’est une autre espèce de folie, dit Martin ; vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut. » (Voltaire, Candide, XXIIIe chapitre)


I
Sous ta baguette qui féconde,
Colomb, puissant magicien,
Tu fis surgir le nouveau monde
Pour rajeunir le monde ancien.
(...)
Tu lui montrais, comme Moïse,
Au bout de ton doigt souverain,
La moderne terre promise:
Un univers vierge et serein!

Hémisphère aux rives sauvages,
Étalant, comme l'Hélicon,
Libre des antiques servages,
Sous l'oeil des cieux son flanc fécond.

Oui, toute une moitié du globe
Dénouant, spectacle inouï,
Les plis flamboyants de sa robe
Aux yeux du vieux monde ébloui!
(...)
II
Amérique! - salut à toi, beau sol natal!
Toi, la reine et l'orgueil du ciel occidental!
Toi qui, comme Vénus, montas du sein de l'onde,
Et du poids de ta conque équilibras le monde!

Quand, le front couronné de tes arbres géants.
Tu sortis, vierge encor, du sein des océans,
(...)
Amérique! au contact de ta jeune beauté,
On sentit reverdir la vieille humanité!

Car ce ne fut pas tant vers des rives nouvelles
Que l'austère Colomb guida ses caravelles,
Que vers un port sublime où tout le genre humain
Avec fraternité pût se donner la main;
Un port où l'homme osât, sans remords et sans crainte,
Vivre libre, au soleil de la liberté sainte!
(...)
Mais Colomb, en cherchant la moderne Ausonie,
Ne fut - le fier chrétien en fit souvent l'aveu -
Qu'un instrument passif entre les mains de Dieu;
Et, quand il ne croyait que suivre son étoile,
La grande main dans l'ombre orientait la voile!
III
Oh! qu'ils sont loin, ces jours où le globe étonné
Écoutait, recueilli, d'un monde nouveau-né
L'hymne d'amour puissant et calme,
Et voyait, au-dessus de l'abîme béant,
L'Amérique à l'Europe, à travers l'océan,
Des temps nouveaux tendre la palme!
(...)
Amérique, en avant! prodigue le laurier
Au courage, au génie, à tout mâle ouvrier
De l'oeuvre civilisatrice.
Point de gloire pour toi née au bruit du canon!
Ce qu'il te faut un jour, c'est le noble surnom
De grande régénératrice!
(...)
 
Fréchette, Louis (1887): La légende d'un peuple, Bibliothèque électronique du Québec, Jean-Yves Dupuis, 2002, 218 p. Prologue, L’Amérique, p. 13-17.

Sujets d'étude
  1. Quels sont d’après Jean-Claude Corbeil les « deux moments clés de l’histoire du Québec » ?
  2. Qu’est-ce que signifie l’expression « incubation de l’identité » ?
  3. Définissez dans le temps les trois grandes époques de l’histoire du Québec.
  4. Citez les trois caractéristiques socioculturelles du Québec de la première période.
  5. Comment Louis Fréchette définit-il les trois grandes époques de l’histoire du Québec dans son ouvrage « La légende d’un peuple » ? Quand l’a t-il rédigé ?
  6. Quelle est la question sur laquelle porte le référendum de 1995 et quel en est le résultat ?
  7. En fonction de quel critère l’histoire du Québec peut-elle être divisée en quatre étapes et quelles sont-elles ?
  8. Quelles sont les menaces qui planent sur le Québec ?
  9. Expliquez ce qu’est un « gouvernement minoritaire ».
  10. Travail de synthèse : en relisant le texte et vos réponses aux questions précédentes, construisez une frise chronologique de l’histoire du Québec et trouvez pour chaque date un titre approprié.

1.1. La légende d'un peuple

À la France!
Mère, je ne suis pas de ceux qui ont eu le bonheur d'être bercés sur tes genoux.
Ce sont de bien lointains échos qui m 'ont familiarisé avec ton nom et ta gloire.

Ta belle langue, j 'ai appris à la balbutier loin de toi.
J'ose cependant, aujourd'hui, apporter une nouvelle page héroïque à ton histoire déjà si belle et si chevaleresque.

Cette page est écrite plus avec le coeur qu 'avec la plume.
(Louis Fréchette, Légende d'un peuple, 1887, Bibliothèque électronique du Québec, Jean-Yves Dupuis, 2002, Dédicace à la mère patrie, p. 6.)

Cette dédicace de Louis Fréchette, ne nous fait-elle pas songer à l'envol du poète exilé, Victor Hugo, dans La légende des siècles: "Livre, qu'un vent t'emporte / En France où je suis né! / L'arbre déraciné / Donne sa feuille morte..." (Victor Hugo,
La légende des siècles, 1859, préface).

"La Légende d'un Peuple! Quel plus beau titre et quelle plus noble idée! Ce peuple canadien, dont le sang est le nôtre, le voici qui nous déroule, par la voix inspirée d'un de ses fils, les gloires, les sacrifices, les douleurs, les espérances de son histoire. - O notre histoire, écrin de perles ignorées! dit admirablement M. Fréchette. Et cet écrin, dont voici des joyaux historiques, c'est aussi notre histoire à nous, Français; oui, c'est l'histoire de nos pères morts, la richesse morale de nos frères vivants. La Légende d'un Peuple, c'est la légende de cette terre qui porta pour nom la Nouvelle France et qui l'a gardé, ce nom, comme un titre de fierté. Et, de Colomb à Riel, M. Louis Fréchette recueille pierre à pierre le collier des souvenirs." (Louis Fréchette, Légende d'un peuple, Préface par Jules Charletie, p. 8.)

© FRÉCHETTE, Louis.- La Légende d’un peuple. Poésies choisies. Première série. Avec une préface de Jules Claretie. Édition définitive, revue, corrigée et augmentée. Illustrations de Henri Julien. Montréal, Beauchemin, 1908. in-4° (26.2 cm) 370 p., ill. d’une pl. in-texte à pleine page, de 51 bandeaux et vignettes et de 20 culs-de-lampe par Henri-Julien. Reliure plein maroquin rouge vin, dos à quatre larges nerfs, filets droits et fleurs de lys dorées aux coiffes, plat. sup. orné d’un grand décor mosaïqué montrant un amérindien, un missionnaire, un soldat et un canon, les drapeaux français et anglais ainsi que le titre de l’ouvrage sur fond de chagrin, quadruple filets dorés entourant le décor. Tête dorée protégée d’un rebord de maroquin, tranches non rognées, large dentelle intérieure, couv. et dos conservés. (Reliure signée Edmond Fournier, vers 1930). Très bel état, sauf une réparation au ruban, p. 35. DOLQ I, 442-445.
Troisième édition du principal recueil de vers du XIXe siècle canadien-français. Illustré par Henri Julien dans une reliure de maître. Edmond Fournier était le chef d’atelier de l’éditeur Beauchemin. Il forma Louis-Philippe Beaudoin, qui a été en 1922 le premier boursier québécois ayant étudié à l’École Estienne de Paris et ayant fondé l’École des Arts graphiques en 1942. Dans le numéro du 3 mai 1930 du Magazine illustré de La Presse (p. 23), on peut voir une reliure mosaïquée similaire par Fournier sur Les Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé.


Les Amérindiens

Chanson amérindienne 1, par Gilles Kowacs, métis montagnais, Quebec, Canada 2001 
durée : 3 min 02 s

© TV5 / Claude Vittiglio CC

Chanson mohawk 2, par Gilles Kowacs, métis montagnais, Quebec, Canada 2001 
durée : 1 min 29 s

© TV5 / Claude Vittiglio CC


« Au moment de l’arrivée des Blancs, ils étaient répartis en groupes organisés, « familles » ou « nations ». Certains étaient nomades, tels les Montagnais, les Micmacs, les Cris et les Outaouais. D’autres avaient déjà opté pour la sédentarisation: la famille iroquoienne vivait dans des maison longues et des villages palissadés. Pour les uns, la chasse et la pêche fournissaient l’essentiel de l’alimentation. Les autres y ajoutaient des produits agricoles, tels les courges ou le maïs, que les Européens appelleront blé d’Inde.

Parfaitement au climat, les Amérindiens savaient s’habiller légèrement de peaux souples, se chausser de mocassins et de raquelltes se déplacer le long des « chemins qui marchent » avec des canots d`écorce. Ils fumaient aussi le tabac, une de ces solanés du continent nord-américain promises à un grand avenir comme la pomme de terre et la tomate.» (TETU De LABSADE, Fran?oise (1990): Le Québec. Un pays, une culture, Montréal : Boréal/Seuil : 41-42.)



© Portrait du chef iroquois Sa Ga Yeath Qua Pieth Tow (baptisé Brant). John Verelst (vers 1648-1734). Huile sur toile, 1710. Archives publiques du Canada, Ottawa : Division de l'iconographie (négatif n° C-92419).


Connaissance des Indiens

Les autochtones nord-américains sont connus grâce aux écrits et en particulier aux récits de voyage des missionnaires, officiers ou voyageurs français. Ces agents français connaissent le territoire grâce aux autochtones qu'ils essaient de répertorier en groupes, à l'aide de noms de tribus parfois totalement inventés. Pour chiffrer cette population, les administrateurs s'efforcent de dénombrer les guerriers. En général, les Français s'intéressent aux cultures autochtones par curiosité et par goût de l'exotisme. Le mythe du « bon sauvage » a également été créé. Celui-ci permet par un jeu d'opposition entre le « sauvage » et l'homme occidental de critiquer indirectement ce dernier. Le désir fondamental de ces explorateurs (de l'officier militaire au jésuite) est de civiliser les Indiens et de les convertir à la « vraie foi », le catholicisme. Mais pour cela il leur faut gagner la confiance des autochtones ce qui les pousse à apprendre leur langue, leurs mœurs, et qui a certainement abouti au bon fonctionnement de l'alliance franco-indienne.

Le métissage
Les unions entre Français et Indiens ont été encouragées tout au long du XVII° siècle. Elles peuvent avoir plusieurs formes : concubinages, mariages chrétiens ou encore mariage selon le rituel indien. Le but est de pallier le manque de femmes blanches et d'intégrer les Indiennes à la société. Les militaires fréquentent également très souvent les Indiennes qui les font profiter de leurs savoirs (nourriture, vêtements, plantes médicinales). Ainsi les explorateurs et coureurs des bois s'indianisent au contact des Indiens et font naître le mythe de l'indien blanc. Cette rencontre aboutira soit à la métamorphose du Blanc en une créature hibride, à mi-chemin entre les deux cultures, soit à l'annihilation de l'Indien par la réclusion dans une réserve.

Les alliances franco-indiennes
L'Amérique dite « française » mériterait plutôt l'appellation d'Amérique « franco-indienne » au vu de l'importance de ces derniers dans divers domaines : alliés militaires, guides, fournisseurs de peau et de nourriture et enfin partenaires sexuels.

La fondation des alliances
Au XVI siècle, les tentatives de colonisation se soldent le plus souvent par des échecs. Ils sont dûs en partie à la volonté des Français de s'imposer en dominateurs et parfois même en arbitres chez les autochtones. A la fin du XVI° siècle, les Français optent pour une politique d'alliance avec les Indiens (1603 : tabagie de Tadoussac réunissant Français et Montagnais, Algonquins, Etchemins). Un immense réseau diplomatique se met alors en place, avec des échanges de fourrures contre des produits européens. Les Français s'allient en particulier avec les Hurons en 1609, mais la confédération huronne est détruite par les Iroquois, alliés des Hollandais, en 1648-50. Le réseau des Français s'élargit alors géographiquement, car privés de l'intermédiaire des Hurons, ils doivent aller directement au contact des autochtones. Ces alliances sont entretenues par la présence d'officiers français et par les visites d'ambassadeurs autochtones aux gouverneurs français.

L'alliance militaire
En s'alliant avec les Indiens, les Français se doivent de participer à leurs opérations guerrières comme Champlain qui suit les Hurons et leurs alliés sur la piste de leurs ennemis, ce qui augmente d'ailleurs son prestige de chef de guerre. Inversement les Français se servent aussi de la force de leurs alliés indiens dans leurs combats contre les Iroquois et les Britanniques. Une paix durable entre Français et Iroquois est finalement conclue en 1701 à Montréal. Les auxiliaires autochtones sont en effet indispensables, comme force numérique mais aussi comme guides. Cependant les Indiens ne s'enrôlent pas dans l'armée française mais rendent plutôt des services « occasionnels » qu'ils se font payer. Les tensions franco-indiennes restent présentes, notamment en Louisiane.

« Civiliser » et convertir
Entre 1620 et 1680, Champlain puis Colbert mènent une politique d'assimilation et de soumission des dits « Sauvages » considérés comme sans loi, sans roi, sans police, sans science ni religion. La francisation passe par l'éducation des jeunes Indiens placés dans des pensionnats vite désertés et par la tentative de fixation des tribus nomades, elle aussi un échec. Le métissage conduit le plus souvent à l' « ensauvagement » des Français. Les missionnaires se heurtent aux traditions indiennes et échouent également dans leur entreprise de conversion, les Indiens n'adhérant que superficiellement  au dieu chrétien. La francisation n'a donc pas abouti.

Vivre ensemble
Les Français vivent tout de même à proximité, voire parmi les Indiens, ce qui suscite d'importants transferts culturels. Les autochtones sont en effet attirés par la commodité des objets européens. Les Français afin d'améliorer leurs conditions de vie dans le pays, s'initient aux langues indiennes, chaussent des mocassins, fabriquent des canots. Certaines traditions grossières font également l’objet d’un transfert : des officiers allant parfois jusqu’à scalper leurs ennemis.


(Pour approfondir cf. Delâge, Denis,1990: Le pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du Nord-Est 1600-1664. Montréal : Boréal; Vincent, Sylvie/ Arcand, Bernard, 1979: L’image de l’Amérindien dans les manuels scolaires du Québec. Comment les Québécois ne sont pas des sauvages. Montréal : Hurtubise HMH; Trigger, Bruce-G., 1990: Les Indiens, la fourrure et les Blancs. Paris, Montgréal : Seuil, Boréal.Trigger, Bruce-G.,1992 : Les Amérindiens et l'âge héroïque de la Nouvelle-France. Éd. rév. 1989.  Ottawa: Soc. Historique du Canada; Dickinson, John,1982 : « La guerre iroquoise et la mortalité en Nouvelle-France 1608-1666 ». Revue d’histoire de l’Amérique française 36,1 : 31-54. - Le Jeune, Père Paul (supérieur de la residence de Kebec) (1635): Relation de ce qui s'est passe en la Nouvelle-France en l'annee 1634. Envoyee au R. Pere [Barth. Jacquinot], provincial de la Compagnie de Jesus en la province de France. (cf. Gallica.bnf.fr.), - Lafitau, Joseph-François (1724): Moeurs des sauvages ameriquains, comparées aux moeurs des premiers temps.Ouvrage enrichi de figures en taille-douce ; tome premier[-second]. A Paris : Chez Saugrain l'aîné ... : Charles Estienne Hochereau. (cf. Gallica.bnf.fr.)

  • Amérindiens et Blancs, par Bartbara Cuer, 2008 (word)
  • Les guerres iroquoises, par Bartbara Cuer, 2008 (word)
  • Sagard, Gabriel: Grand voyage du pays des Hurons situé en l'Amérique... avec un Dictionnaire de la langue huronne. Paris 1632. Bibliothèque Nationale de France, ouvrage électronique.
  • Activités d'apprentissage sur les Premières nations du Canada pour la classe (PDF, 69 p.)

          Appuyé sur son arc, en son flegme farouche,

L'enfant de la forêt, l'amertume à la bouche,
Un éclair fauve au fond de ses regards perçants,
En voyant défiler ces étranges passants,
- Embusqué dans les bois ou campé sur les grèves, -
Songe aux esprits géants qu'il a vus dans ses rêves.
Pour la première fois il tressaille, il a peur...
Il va sortir pourtant de ce calme trompeur;
Il bondira, poussant au loin son cri de guerre,
Défendra pied à pied son sol vierge naguère,
Et, féroce, sanglant, tomahawk à la main,
Aux pas civilisés barrera le chemin!

Fréchette, Louis (1887): La légende d'un peuple, Première époque: Notre histoire,  p. 21.


Sujets d'étude

  1. Décrivez brièvement la vie des Amérindiens avant l’arrivée des  « blancs ».
  2. Quels sont les produits qui existaient déjà dans la région de Terre-Nouvelle ?
  3. Pourquoi l'Amérique dite « française » devrait-elle s'appeler Amérique « franco-indienne »?
  4. Qui sont les « autochtones »?
  5. De quelle nature est l'alliance franco-indienne à la fin XVIème siècle? Quels produits européens pouvaient offrir les Français en échange des fourrures?
  6. Quel est le deuxième aspect de l'alliance des Français et des Indiens? Les relations entre les deux parties sont-elles parfaitement stables? Pourquoi?
  7. Quelles sont les quatre formes d'union entre Français et Indiens?
  8. Qu'est-ce que le concubinage? En quoi et dans quels cas pouvait-il être plus simple que le mariage?
  9. Qui sont les Français qui transmettent les premières informations sur les « autochtones » ?
  10. Comment les administrateurs recensent-ils les populations ?
  11. Qui sont les « missionnaires »?
  12. Quelle était la religion des Indiens avant l'arrivée des colons? Quelle est, selon les colons, la « vraie foi »?
  13. Quel est le but des explorateurs par rapports aux Amérindiens et quelles conséquences positives entraîne-il ?
  14. Quel est le principe du « mythe du bon sauvage »? Dans quel courant culturel français et européen s'inscrit-il?
  15. Pourquoi manquait-il des femmes blanches?
  16. Pourquoi le métissage est-il encouragé ?
  17. Pourquoi les Français décident-ils de conclure l’alliance de 1603 avec les Indiens ?
  18. Dans quels domaines s’établit cette alliance ?
  19. Quand et où les Français concluent-ils la paix avec les Iroquois ? Quels étaient leurs alliés respectifs auparavant ?
  20. Quels sont les résultats de la francisation en 1680 ?
  21. Que signifient les expressions « politique d'assimilation » et « francisation »?
  22. Les Français et les Indiens restent-ils pour autant deux peuples totalement étrangers l'un à l'autre?
Exercice à choix multiple


Samian et Loco Locass 
La Paix des Braves, 2007- Rap
  Vidéo 2  : 4’20
A l’occasion du 400e anniversaire de l’arrivée des Français en terre d’Amérique le groupe « Samian et Loco Locass «
nous invite à « retisser en Nouvelle-France l’alliance entre autochtones et francophones »





La Paix des Braves, 2007

Dans une ville appelée Kapak, lieu de débarquement, mes ancêtres ont fait leur pack sac pacifiquement,

Sur l'Anikana, en route au nord du Canada, (Canada, Canada, Canada)
Samian, Loco Locass, il était temps que l'union se fasse, qu'on remonte la vraie histoire pour qu'on puisse y faire face,
On veut mettre un pont entre les nations, confondre la culture, ignorer les préjugés, laisser parler la nature

La barrière entre les peuples, on veut plus la casser, on en a plus qu'assez, on est placés pour parler,
On remonte le temps dans le pantalon de Cristophe Colomb qui découvre l'Amérique et tous ces peuples qui y habitent
On était pacifiques et encore, même aujourd'hui, un homme blanc sur l'Atlantique qui rêvait de faire son pays,
On fume le calumet de paix, sans rancune, on est capables de rester vrais même si on porte plus de plumes

L'union de deux nations freine l'ignorance,
Pousse les connaissances avec un peu de reconnaissance
Mon histoire et la tienne, ça fait deux,
Je fais partie de deux peuples, donc je finirai comme l'un d'eux

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte

De l'Europe à l'Amérique, j'ai traversé l'Atlantique à cette époque épique, au pays du porc-épic,
La maladie du scorbut scorait droit au but et c'est aux premières nations que je dois ma guérison
Raquette, canot, boucane, tisane et toboggan, l'authentique Autochtone enseigna au profane
La science de la savane, sans se douter qu'en filigrane, la soutane mégalomane allait lui casser le crâne

Pour les Amérindindiens, en Amérique, il y a deux choix : soit on les abat comme aux États,
Ou bien soit on les réserve comme au Canada, mais réserve ou abat, le problème demeure le même
Car tombent une à une les quilles de leurs emblèmes, les visages pâles peuvent ben devenir blêmes,
Désolé pour le passé, à présent, qu'est-ce qu'on fait ? allume le calumet, qu'on fume pour la grande paix

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones
Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte

Je m'excuse si je t'excise, tu meurs pas, ou si oui, ta mort est exquise,
Pas de taxe, on te plume pas, on te préserve dans l'alcool, on te fume dans le tabac,
J'appelle ça de la taxidermie – de la quoi ? – Parles-en à Renée Dupuis-Morency,
Christ ! L'ignorance crasse me laisse un goût ranci, vite, faut que je me rince sous les chutes Montmorency

Oui maman, oui, j'me souviens que nous fumes les premiers touristes en ce pays,
Qui paya sa survie à rendre ses esprits qui ont le souffle court, et nous, les cœurs épris,
Trop pris, tellement pris qu'ils sont Pharmaprix, ah ha, le karma crie
Algonquins, Innus, Attikameks du Québec, si on allumait le calumet qu'on fumait pour la grande paix ?

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones

Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France, entre autochtones et francophones,
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak, etitentakosiak,
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak, eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte


  Chloé Sainte-Marie

Des images sur les Amérindiens avec comme musique, Mishapan Nitassinan de Chloé Sainte-Marie. Cette chanson nous rapelle la présence amérindienne, passée ou présente, à travers ces noms amérindiens évoquant des villes ou d'autres lieux.

     


Mishapan Nitassinan 



COATICOOK MAZATLÁN MANITOU MÉGANTIC
MANOUANE IVUJIVIK MASCOUCHE MANIWAK
SASKATCHEWAN SHIPSHAW MATAWIN WINDIGO
KAMOURASKA TÉMISCAMINGUE COPÁN CHIBOUGAMAU

Refrain : Mishapan Mishapan, Nitassinan Nitassinan
(Que notre terre était grande)

QUÉBEC MANICOUAGAN USHUAIA MATAPÉDIA
TADOUSSAC GUANAHANI CHICOUTIMI ARTHABASKA
NATASHQUAN MAGOG MEXICO SHAWINIGAN
MATANE MICHIGAN WYOMING NEBRASKA

MISSISSIPPI DAKOTA SAGLOUC OKLAHOMA
POHÉNÉGAMOOK KUUJJUAQ ACAPULCO MIGUASHA
ACADIE WINNIPEG YUCATÁN MANITOBA
OUTAOUAIS ABITIBI MASSAWIPPI ALASKA

SAGUENAY MISTASSINI CHIHUAHUA PASPÉBIAC
MANHATTAN MILWAUKEE WACHIYA RIMOUSKI
ESCUMINAC CHICHÉN ITZÁ CARAQUET MATAGAMI
SQUATEC TABUSINTAC IXTAPA TRACADIGACHE
Ashuapimushuan
(Lieu où on attend)


Nuishamakuat
nuitsheuakanat innuat
tshetshi kushpian
tshetshi uapataman
kie nin nutshimiu-assi
miam uinuau
 
ashtam nipa
innutshuapit
tshetshi puamin
tshetshi minukuamin
maikan unu minashkuat
katakueshish
 
uniani
matameku
ashit innu-pakueshikan
ashit nuitsheuakanat
mamu nika mitishunan
utassiuat
 
tshiueiani
nika uitamuaut
tshetshi itutetau
tshetshi uapatakau
uinuau
menuashinit tapue
utassinua
 
ashuapimushuan nui nipan
ashuapimushuan nipeku
tshetshi minukuamian
ashuapimushuan
ashuapimi
Mes amis innus
m'invitent
à monter dans le bois
afin de vivre
l'intérieur des terres
comme eux
 
viens t'endormir sous le tipi
pour rêver
pour un bon sommeil
car au loin un loup hurle
 
 
 
à mon réveil
de la truite
de fa banick
avec mes amis
nous mangerons ensemble
sur leur terre
 
chez moi,à mon retour
je dirai
partez, allez voir
combien belle
est leur terre
 
 
 
ashuapimushuan je veux dormir
ashuapimushuan endorme-moi
pour rever à toi .
Ashuapimushuan
attends-moi

Poème: Joséphine Bacon / Musique : Gilles Bélanger


Toi la mordore - Chloé Sainte-Marie




Chloé Sainte-Marie, chanteuse québécoise, sensible aux souvenirs, à la mémoire et aux traditions, vient nous rappeler, par la chanson Mishapan Nitassinan (album Je marche à toi, 2002), la présence amérindienne, passée ou présente, à travers ces noms amérindiens évoquant des villes ou d'autres lieux. La chanteuse est accompagnée par un seul accord de guitare qui résonne comme un balancement d’horloge et s’installe avec douceur dans nos cœurs. Sa voix qui se souvient « Que notre terre était grande » est transportée dans l’au-delà du temps et de l’espace.  Dans ses concerts, Chloé présente une "succession de textes et de chansons, qu’elle semble interpréter au bord d’un précipice intérieur. Deux soirs durant, dans une petite salle confinée aux jolies courbes d’amphithéâtre, Chloé Sainte-Marie s’est mise en danger. Elle n’esquive jamais les silences et livre, dans un dépouillement sans filet, les mots de Gaston Miron, Roland Giguère, Patrice Desbiens… Mots de vie ou de mort, porteurs de douleurs et d’espoirs, hommages aux peuples amérindiens et aux terres inviolées, qu’elle dit ou qu’elle chante d’une voix vibrante, si ce n’est déchirante." (Valérie Lehoux)
Joséphine Bacon a initié l’interprète Chloé Sainte-Marie à la culture innue et lui a offert entre autres la chanson Mishapan Nitassinan – Que notre terre était grande - pour son disque  Je marche à toi avec des paroles psalmodiant une litanie parfaitement euphonique de toponymes amérindiens. Cette chanson en langue autochtone nous fait voyager à travers le Canada, le Québec, les États-Unis et l’Amérique du Sud.

A écouter sur rfi musique
  • Chloé Sainte-Marie interprète Parle moi, un texte de Gaston Miron (2'44)
  • Portrait de Chloé Sainte-Marie par Valérie Lehoux (5'18)








2. L'implantation française en Amérique du Nord
en cinq périodes (1500-1763)





Ligne du temps: le Régime français



© Avec l'aimable autorisation de Daniel Charland / Histoire nationale - Séminaire de Sherbrooke


Le XVIe siècle

(I) Début de l'exploration française (1524-1607) - Les premières tentatives


Première époque
 
Notre Histoire
Ô notre Histoire! - écrin de perles ignorées!
Je baise avec amour tes pages vénérées.
 
Ô registre immortel, poème éblouissant
Que la France écrivit du plus pur de son sang!
(...)
Les gloires d'autrefois, comme elles sont sereines
Et pures devant vous, vertus contemporaines!...
 
Salut d'abord à toi, Cartier, hardi marin
Qui le premier foula de ton pas souverain
Les bords inexplorés de notre immense fleuve!
Salut à toi, Champlain! à toi, de Maisonneuve!
Illustres fondateurs des deux fières cités
Qui mirent dans nos flots leurs rivales beautés!...
Ce ne fut tout d'abord qu'un groupe, une poignée
De Bretons brandissant le sabre et la cognée,
Vieux loups de mer bronzés au vent de Saint-Malo.
(...)
Cherchant, dans les secrets de l'océan brumeux,
Non pas les bords dorés d'eldorados fameux,
Mais un sol où planter, signes de délivrance,
À côté de la croix le drapeau de la France.
 
Sur leurs traces, bientôt, de robustes colons,
Poitevins à l'oeil noir, Normands aux cheveux blonds,
Austères travailleurs de la sainte corvée,
Viennent offrir leurs bras à l'oeuvre inachevée...
(...)
En vain d'affreux périls naissent-ils sous leurs pas,
Vainement autour d'eux chaque élément conspire:
Ces enfants du sillon fonderont un empire!
Et puis, domptant les flots des grands lacs orageux,
Franchissant la savane et ses marais fangeux,
Pénétrant jusqu'au fond des forêts centenaires,
Voici nos découvreurs et nos missionnaires!
Apôtres de la France et pionniers de Dieu,
Après avoir aux bruits du monde dit adieu...
(...)
Le soleil souriait à la Nouvelle-France!
Ce jour est déjà loin; mais gloire à toi, Cartier!
Gloire à vous, ses vaillants compagnons, groupe altier
De fiers Bretons taillés dans le bronze et le chêne!
Vous fûtes les premiers de cette longue chaîne
D'immortels découvreurs, de héros canadiens,
Qui, de l'honneur français inflexibles gardiens,
Sur ce vaste hémisphère où l'avenir se fonde,
Ont reculé si loin les frontières du monde!

Fréchette, Louis (1887): La légende d'un peuple, Première époque: Notre histoire,  p. 18-94.



Le parcours de l’implantation française en Nouvelle-France est retracé à partir de l’époque des explorations au début du 16ème siècle jusqu’à la fin du Régime français en 1763. Chacune de ces périodes est l’occasion d’explorer des aspects originaux de ce peuplement : l’identité des migrants, les conditions de leur départ, la manière dont ils s’adaptent et s’établissent, la formation des couples et des familles, leurs relations avec les Amérindiens, les métissages, le contexte commercial, militaire, missionaire... (Dechêne, Louise (2008) : Le Peuple, l'État et la guerre au Canada sous le régime français. Montréal : Boréal.)




Avant l'arrivée des Français, le Québec était habité par des tribus amérindiennes. Actuellement le gouvernement québécois reconnaît onze nations autochtones sur son territoire : les Inuits, les Mohawks, les Innus, les Cris, les Algonquins, les Atikamekw, les Micmacs, les Hurons-Wendat, les Abénaquis, les Malécites et les Naskapis.

A la recherche d’une „mer de l’Ouest“ imaginaire, navigateurs, puis coureurs de bois, missionnaires, militaires, et scientifiques explorent l’Amérique du Nord. Ils sillonnent les rivières, franchissent les portages et parviennent jusqu’au centre et au sud du continent rejoignant alors leurs concurrents espagnols bien implantés au Mexique ainsi que les Anglais à l’est du Mississippi. Ils dessinent et cartographient le territoire en même temps qu’ils décrivent ses habitants. C’est un navigateur normand, Guillaume Levasseur, qui présente pour la première fois le toponyme de « Québec » sur une carte de 1601.

Ce sont très probablement les Vikings, hommes du Nord qui ne redoutent pas les tempêtes de l'Atlantique, qui ont exploré  les premiers l'Amérique du Nord et certaines parties du Québec. « Au début du IXe siècle, les pays nordiques de l’Europe connaissent le surpeuplement. Les hommes du Nord, appelés aussi Norsemen, Normands ou Vikings, commencent à envahir les pays voisins, puis les terres du sud. La France et l’Angleterre sont mises à sac. À cette époque, les Vikings sont certainement les plus habiles navigateurs. (...) De récentes découvertes archéologiques nous fournissent des preuves supplémentaires d’une colonisation normande en Amérique du Nord, au Canada et au Québec, en particulier. » (Lacoursière 1995, t 1 : 10-11) On peut alors faire débuter l'histoire de l'exploration française bien avant 1524, date d'un voyage officiel, commandité par des marchands et par François 1er, Roi de France.

En mars 1493, Christophe Colomb  rentre d’un long voyage, persuadé d’avoir touché les Indes. Pour atteindre l’Orient et ses trésors, il avait fait le pari de traverser l’Atlantique. En réalité, il se heurte à un obstacle de taille, une barrière continentale lui barre la route de la soie et des épices.

En effet, en 1508, soit seulement 16 ans après le premier voyage de Christophe Colomb, Thomas Aubert qui participe vraisemblablement à une expédition de pêche dans la région de Terre-Neuve, ramène quelques amérindiens en France. Cela nous indique que dès le début du 16e siècle, des navigateurs français s’aventurent dans le golfe du Saint-Laurent, sans compter les morutiers basques, espagnols et français qui y travaillent le printemps et l'été, le temps de compléter la cargaison de morue qu'ils rapportent en Europe. Comme plusieurs autres nations européennes, les Français font confiance à la filière italienne. En effet, l'Espagne a  engagé Colombo, Vespucci et Balboa, l'Angleterre Cobotto, et la France fait appel à Giovanni da Verrazano.

Pourquoi la France se lance t-elle dans l'aventure du Nouveau Monde bien après l'Espagne et le Portugal (dès 1490) et pourquoi  fait-elle appel à un italien?
Au début du 16e siècle la France compte quatre fois plus d'habitants (15 millions) que sa rivale, l'Angleterre, mais tous les rois qui se succèdent jusqu'à cette époque essayent d'affirmer leur prédominance sur l'Italie car la Médiderranée conduit vers le Moyen-Orient. La France s'intéressant particulièrement à cette région, l'Angleterre, le Portugal et l'Espagne, pour survivre, comptent plutôt sur l'extérieur, c'est-à-dire l'Atlantique. Les grands financiers italiens vivant à Lyon fournissent des fonds à la couronne de France et proposent en même temps un des leurs pour tenter l'aventure du côté de l'Atlantique: Giovanni Verrazano, déjà connu comme grand explorateur (Champagne, André,1996: « Entretien avec Denis Vaugeois. Les vaines tentatives 1524-1603 ». Dans: Idem, Histoire du régime français: 9-30, p. 13).

C'est en 1524 qu'il longe minutieusement la côte atlantique de l'Amérique du Nord entre la Floride et le Cap Breton en Nouvelle-Écosse, cherchant le passage tant convité vers la mer de l'Ouest / de Chine qui, pensait-t-on, donnait accès à l'Asie. Il attribue à ce territoire intérieur indéterminé le nom de Francesca en l’honneur du roi de France François Ier et en 1529 Verrazano inscrit sur sa carte du monde Nova Gallia : la Nouvelle-France est née. (Lacoursière 1995, t 1 :14) Verrazano rentre de son voyage non sans avoir été émerveillé par la beauté du paysage qu'il compare à une région de la Grèce qu'il connaissait probablement, l'Arcadie. Plus tard, on désigne sous le nom d'Acadie cette partie de la Nouvelle-France qui se trouve dans la Nouvelle-Écosse actuelle. Le voyage de Verrazano est resté sans résultats tangibles, mais a préparé ceux de Jacques Cartier, dix ans plus tard.


Sujets d'étude
  1. Combien de tribus amérindiennes y a-t-il actuellement au Québec ?
  2. A quelle date le premier voyage officiel commandité par un Roi de France a-t-il lieu ?
  3. Quels ont été les autres explorateurs dans cette région ?
  4. Pourquoi la France s'est-elle lancée dans l'aventure du Nouveau Monde bien après l'Espagne et le Portugal (dès 1490) ?
  5. Pourquoi la France a-t-elle fait appel à un Italien ?
  6. Quel passage recherchait-on ?
  7. L'expédition menée par da Verrazano a-t-elle été un succès ?
          Exercice à choix multiple


Jaloux des richesses que l'Espagne et le Portugal retirent de leurs colonies, François 1er, roi de France, nomme le malouin Jacques Cartier à la tête d'une première expédition en 1534 pour continuer l'oeuvre de Verrazano et pour découvrir des îles et pays où l'on pense trouver de l'or, qui à cette époque est la principale unité monétaire. Mais l'or se fait de plus en plus rare en Europe à cause de la chute de Constantinople. Ainsi la Porte d'Or passe aux mains des musulmans et le commerce de la soie et des épices se complique.

Le 24 juillet 1534, Cartier prend possession du Canada au nom du Roi de France en élevant sur la péninsule de Gaspé, habitée depuis des millénaires par les Amérindiens et les Inuits, une gigantesque croix ornée de trois fleurs de lys et d'un écriteau portant l'inscription "Vive le roi de France". "Après qu'elle fut élevée en l'air, lit on dans le récit du premier voyage de Cartier, nous nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en adorant celle-ci."  Les autochtones ne se rendent pas compte qu'ils viennent d'assister à "une prise officielle de leur territoire au nom du roi de France. Ils ignorent que, pour les Européens, toute portion de terre qui n'appartient pas à un souverain chrétien peut devenir leur possession par ce simple geste." (Lacoursière, Jacques, 2002, Une histoire du Québec. Québec: Septentrion: 11). Lorsque le chef de la tribu iroquoise, Donnacona, se rend au navire français pour demander des explications, Cartier lui fait comprendre que la balise n'indique que l'entrée du port.

Lors d'un deuxième voyage (1535-1536)  Cartier remonte le cours du fleuve Saint-Laurent jusqu'à Hochelaga (futur site de Montréal). Les deux autochtones dont il s'était emparé en 1534 pour les montrer à la cour et comme preuve qu'il s'était rendu dans un nouveau coin du monde, lui servent de guides. Il espère toujours trouver le chemin le conduisant en Chine, pays d'ou viennent les épices, un produit dont le prix a considérablement augmenté avec la prise de Constantinople par les Turcs, au milieu du XVème siècle.

Lors de son troisième voyage (1541-1542), Cartier fonde à l’embouchure de la rivière de Cap-Rouge, près de Québec, une habitation qu'il nomme Charlesbourg Royal, premier établissement français en sol américain. Mais Cartier est un marin et ne s'intéresse pas vraiment à la colonisation. Son rôle est d'amener d'abord un groupe de colons en attendant que Jean-François de la Roque de Roberval vienne s'installer et devienne lieutenant de la Nouvelle-France. Roverbal  est ensuite chargé d'établir une colonie en Amérique.

Entre ces voyages Cartier essaie de persuader la France de fonder un établissement au Canada (cf. Trudel, Pierre,1963: Histoire de la Nouvelle-France. Les vaines tentatives 1524-1603. Montréal:  Fides), mais la France, déçue, ne veut plus investir de sommes importantes dans une aventure si incertaine. Les Français ensuite supportent mal les rigueurs de l'hiver, ils périssent du scorbut et les relations avec les Amérindiens deviennent de plus en plus tendues. Les diamants et l'or rapportés de Québec lors de son voyage en 1542 s'avèrent n'être que mica et pyrite de fer , d'où l'expression "faux comme les diamants du Québec". Cependant Cartier a eu le mérite d'avoir établi les bases de la cartographie canadienne et d'avoir découvert le grand axe fluvial grâce auquel la Nouvelle-France peut recouvrir, un siècle plus tard, les trois quarts du continent nord-américain.

Au sens strict, Jacques Cartier n'est pas le découvreur du Canada actuel, puisqu'il n'a pas parcouru le Nouveau-Brunswick, ni la Nouvelle-Écosse, ni l'île du Prince-Édouard. En fait, Cartier est le découvreur de la vallée du Saint-Laurent. Il appelle le fleuve "rivière du Canada" et c'est lui qui donne le nom de Canada au pays: en entendant le mot iroquois kana-ta, que les deux autochtones énoncent en revoyant leur village, Cartier croit que le terme désigne le pays tout entier.

© Jacques Cartier fait élever une croix à Gaspé en 1534. C. W. Simpson, Archives nationales du Canada. Source: Société du Musée canadien des civilisations (SMCC)

Exercice à choix mulitple


Sujets d'étude

  1. De quelle ville Jacques Cartier est-il parti en 1534?
  2. Dans quelle région de France et dans quel département se trouve-t-elle?
  3. Que cherchait Jacques Cartier lors de sa première expédition en 1534?
  4. Que signifiait, à l’époque, l’implantation d’une croix sur un « nouveau » territoire ?
  5. Expliquez l'expression « faux comme les diamants du Québec ».
  6. Comment s'appelait le premier établissement français en sol américain?
  7. Quels problèmes  les Français devaient-ils affronter?
  8. Quelles ont été les conséquences de la chute de Constantinople (1453) pour les Européens ?

*Formez des équipes et travaillez sur Le reportage de Michel Rochon et Pierre Tonietto consacré à Jacques Cartier (Radio Canada, 2006, 13'37)

Une des plus importantes découvertes archéologiques de notre histoire vient de confirmer la présence de Jacques Cartier près de Québec, entre 1541 et 1543. Elle permettra de mieux comprendre les raisons de l’établissement de cette première colonie française en Amérique, son quotidien, les relations avec le peuple iroquois et les raisons qui ont poussé Cartier et Roberval à la délaisser.




En suit donc une longue période de désintéressement de la part des autorités françaises. Il faut attendre la toute fin du 16e siècle pour que renaisse un intérêt certain pour ces lointaines contrées nordiques. Si la France n'envoie plus d'explorateurs et de découvreurs, cela ne veut pas dire que les Français ne se rendent plus dans la région de Terre-Neuve et dans le golfe Saint-Laurent. Les pêcheurs Bretons et Basques continuent de venir s'approvisionner en morues et en huile de baleine. A l'époque le poisson est d'une grande importance pour les catholiques qui doivent vivre 150 jours par an dans l'abstinence et rénoncer à toute autre chair que celle du poisson, sous peine de péché mortel (Lacoursière, 2002: 12). Comme les pêcheurs doivent passer un certain temps dans ces lieux, ils commencent à échanger leurs objets en métal contre les fourrures des autochtones. Peu à peu, ce commerce devient de plus en plus rentable et l'intérêt renaît pour cette «terre de Caïn». 

Le commerce des fourrures nécessite cependant, selon certaines sources, un établissement permanent et un bon réseau d'alliances avec les fournisseurs si cette activité se veut régulière et rentable. Il n'est alors plus possible de se contenter de présences saisonnières et irrégulières. Pour d'autres, ce commerce peut très bien continuer à se faire à la façon des pêcheurs. Les intérêts divergent donc concernant cette activité. Des compagnies de marchands se forment et tentent d'intéresser la couronne à une entreprise de colonisation en Amérique française. Les marchands veulent s'impliquer mais ils voudraient que les autorités accordent le monopole à une compagnie qui, elle, en retour, s'emploierait à peupler la colonie. Le roi aurait donc une colonie sans que cela ne lui coûte beaucoup. En même temps, les partisans du commerce libre font aussi pression auprès des autorités pour que le commerce ne soit pas entravé. Au tournant du 17e siècle, c'est le grand débat.

Les voyages d'exploration, assortis d'objectifs coloniaux, reprennent sous le règne d'Henri IV en 1598 avec le retour de la paix civile et religieuse. Le 15 janvier 1598, Henri IV, Roi de France, nomme Troilus de La Roche de Mesgouez lieutenant de la Nouvelle-France et en mars celui-ci débarque à l'Ile de Sable avec 60 colons.

En 1600, un comptoir de traite est construit par Chauvin de Tonnetuit à Tadoussac, à l'embouchure de l'actuelle rivière Saguenay, suivant aussitôt les voyages de Jacques Cartier. Il est à noter que ce comptoir n'appartient à aucun empire colonial. Les Anglais comme les Français et même les Portugais y ont des affaires avec les Amérindiens et n'ont pas encore conclu d'entente particulière avec aucune nation européenne. Durant cette période, quelques colons Français, les premiers, s'établissent au Canada.

Sujets d'étude
  1. Quel rôle les pêcheurs bretons et basques ont-ils joué dans le contexte historique de Terre-Neuve?
  2. Quel autre commerce s'installe en Terre-Neuve?
  3. Que veut dire le terme "Terre de Caïn"?
  4. Qu'offrent les marchands au roi en contrepartie d'un monopole de commerce?
  5. Quels sont les deux points de vue divergents qui s'affrontent au tournant du 17e siècle?



Robert Charlebois
Jacques Cartier



Robert Charlebois
Jacques Cartier
Paroles : Daniel Thibon
Musique : Robert Charlebois


Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Toute la rue Sherbrooke bordée de cocotiers
Avec, perchés dessus, des tas de perroquets
Et tout le Mont-Royal couvert de bananiers
Avec des petits singes qui se balanceraient.
Au bord du St-Laurent, on pourrait se baigner
Tout nus en plein hiver et puis se faire bronzer.

Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Le pont Victoria tout de lianes tressé.
On le traverserait en portant des paquets
Sur la tête, en riant, et sans chaussures aux pieds.
On jouerait du tam-tam et du ukulele
Et toute la rue Peel sentirait l'oranger,
L'amande, le jasmin, le lotus, l'orchidée.

Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Sur l'avenue des Pins des girafes étonnées
De voir des écureuils leur passer sous le nez,
De gros éléphants blancs dans la rue Delorimier
Et la Place Ville-Marie en forme de minaret,
Des tempêtes de sable tout chaud et tout doré
Sur lequel en janvier il ferait bon rêver.

Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Montréal à Dakar, Conakry ou Tanger,
Montréal à Tokyo, Kyoto ou Kobé,
Montréal à Aden, Fremantle ou Bombay,
Montréal à Java, Bornéo, Papeete,
Montréal à Phnom Penh, à Bangkok, à Hué,
Montréal à Hong-Kong, Canberra ou Sydney...


Cf. l'expoitation  didactique de la chanson sur notre site !








Exercice à choix multiple


2.2. Le XVIIe siècle

(II) La Nouvelle-France et la Compagnie des Cent-Associés (1608-1663) - Ancrages

(1608)


Le 17ème siècle constitue la période la plus décisive de l'implantation française en Amérique du Nord. Pourtant "au début du siècle, la Nouvelle-France ne représente rien. Ou si vous voulez elle représente des projets." (Champagne, André,1996: « Entretien avec Denis Vaugeois. Les vaines tentatives 1524-1603 ». Dans: Idem, Histoire du régime français: 9-30, p. 23). Aux tentatives infructueuses succèdent des établissements qui se veulent permanents et dont la fondation marque le coup d'envoi de la colonisation française: L'île Sainte-Croix et Port-Royal (Acadie), en 1604-1605; Québec en 1608; Trois-Rivières en 1634 et Montréal en 1642. (Cf. Trudel, Pierre (1966) : Histoire de la Nouvelle-France. Le comptoir (1604-1627). Vol. II., Montréal : Fides)
 

Au début du 17ème siècle, c'est le protestant Pierre Du Gua de Monts qui devient chef d'expédition et le principal bénéficiaire des monopoles de commerce. Il explore le Canada depuis les côtes de l’Acadie, où il fonde Port-Royal (aujourd’hui Annapolis-Royal) en 1605, jusqu’aux Grands Lacs et remonte le Saint-Laurent jusqu'à Hochelaga (Montreál), près de l’endroit ou Jacques Cartier avait hiverné quelque 70 ans plus tôt.


Entre 1603, année de son premier séjour en Nouvelle-France, et 1635, Samuel de Champlain  effectue 12 voyages en Nouvelle France avant de décéder à Québec en 1635. Lors de son premier voyage, les hommes qui l’accompagnent s'empressent, avant l’hiver, alors très rude, de construire des maisons qu'ils entourent d'une palissade . Bien que Champlain ait prévu de grandes provisions de nourriture, elles finissent par s'épuiser.  La maladie (principalement le scorbut) frappe plusieurs hommes.  Ils subissent aussi, à quelques reprises, les attaques des Iroquois.  Finalement, seulement huit hommes sont toujours vivants au printemps. Dès son retour en France, Champlain fait publier un premier récit de ses « Voyages » qu’il intitule « Des sauvages ».


En 1608,
Samuel de Champlain  est envoyé en Nouvelle-France par Henri IV avec la mission de trouver un site propice à la création d’un établissement colonial.  L'objectif est d'abord de construire un poste permanent de traite où l'on peut échanger des biens contre les fourrures des Amérindiens, puis d'assurer le peuplement et ainsi la colonisation. 

Comme Champlain est d
éjà venu explorer le territoire au cours de voyages précédents, il ne tarde pas à trouver ce site.  Il bâtit son fort au pied du cap Diamant, à Québec. Il s'agit d'un endroit stratégique où le fleuve Saint-Laurent se rétrécit. Les avantages de ce site sont nombreux. On peut par exemple, y voir venir les bateaux de loin afin d'empêcher à tout autre puissance coloniale d'accéder par cette voie à l'intérieur des terres. De plus, le site est situé à proximité des villages amérindiens et près du fleuve qui permet le transport des marchandises.  Enfin, les terres y sont fertiles ce qui favorise l'agriculture. Le nom Québec, dérivé du mot « Gepeg » en mikmaq, désignait à l’origine le « rétrécissement du fleuve »

Après avoir fondé Québec en 1608, Champlain remonte au Nord la rivière du Saguenay, au Sud celle de Richelieu (1609) et vers l’Ouest celle des Outaouais jusqu’au Lac des Hurons (1615-1616). Dès 1609, sur rapport de Champlain, Henri IV donne à la colonie le nom de Nouvelle-France dont Champlain devient le lieutenant-gouverneur en 1612.

Il faut de nombreuses années avant que Québec se développe.  En fait, le premier habitant à venir s'y installer, Louis Hébert, arrive en 1617.

 

Sujets d'étude
  1. Quel rôle joua  Pierre Du Gua de Monts ?
  2. Résumez quelques aspects du premier séjour de Samuel de Champlain en Nouvelle-France.
  3. Pourquoi Samuel de Champlain fut-il envoyé en Nouvelle-France?
  4. Où fonda-t-il le poste de traite? Pourquoi ?
  5. Est-ce que pendant les premières années la colonisation fut couronnée de succès?
  6. Qui fut le fondateur de la ville de Québec, quand est-ce que la ville fut fondée et  quelle est la signification de son nom ?
  7. Pourquoi le nom de Louis Hébert passa-t-il à la postérité ?
  8. Exercice de vocabulaire: Mots croisés

Journal de Samuel Champlain
Extrait du 3 juillet 1608

Ie party de Tadoussac le dernier du mois [30 juin 1608] pour aller à Quebecq... Toute cette coste, tant du Nord que du Su, depuis Tadoussac iusques à l'isle d'Orleans, est terre montueuse & fort mauuaise, où il n'y a que des pins, sappins, & boulleaux, & des rochers tres-mauuais, où on ne sçauroit aller en la plus part des endroits... L'Ile d'Orléans est le commencement du beau & bon pays de la grande riuiere  fleuve Saint-Laurent.

De l'isle d'Orleans jusques à Quebecq, y a vne lieue, & y arriuay le 3. Iuillet: où estant, ie cherchay lieu propre pour nostre habitation, mais ie n'en peu trouuer de plus commode, ny mieux situé que la pointe de Quebecq, ainsi appellé des sauuages, laquelle estoit remplie de noyers. Aussitost i'emproiay vne partie de nos ouuriers à les abbatre pour y faire nostre habitation, l'autre a scier des aix, l'autre fouiller la caue & faire des fossez: & l'autre à aller querir nos commoditez à Tadoussac auec la barque. La premiere chose que nous fismes fut le magazin pour mettre nos viures à couuert, qui fut promptement fait par la diligence d'vn chacun, & le soin que i'en eu.

Source: C.-H. Laverdière (éd.), Les Oeuvres de Champlain (5 [6] vol., Québec, 1870); tome 3, p. 144-156)

  • Transcrivez le texte en français moderne, puis résumez le contenu. Quels sont les éléments les plus importants pour vous?
  • Faites une petite recherche sur Tadoussac et le fleuve Saint-Laurent. Présentez les résultats en plenum.
  • Préparez un petit exposé sur  « L'île d'Orléans ». Pourquoi cette île peut-elle être considérée comme le « berceau de l'Amérique du Nord » ?
  • Quels sont les attraits touristiques de l’île ?



La famille Hébert


Vers 1615, Champlain insiste de plus en plus auprès du Roi de France afin que celui-ci investisse dans la colonisation de la Nouvelle-France. Mais Henri IV rencontre "beaucoup d'opposition parmi ses conseillers, parce que la grande peur de la France, c'est de dépeupler la France au profit d'une colonie américiane"
. Cette peur se perpétue jusqu'au temps de Louis XIV, et en particulier à l'époque de Talon. Lorsque celui-ci demande à Louis XIV d'envoyer des immigrants en Nouvelle-France afin de peupler la colonie, celui-ci lui répond: "Il ne faut pas dépeupler la France!" (Champagne, André,1996: « Entretien avec Denis Vaugeois. Les vaines tentatives 1524-1603 ». Dans: Idem, Histoire du régime français: 9-30, p. 24).

Champlain se rend lui-même en France afin de faire avancer son projet de colonisation. Lors de son retour il rencontre un ancien ami, Louis Hébert devenu apothicaire (le métier d'apothicaire correspond aujourd'hui à celui de pharmacien).  Il le convainc alors de s'embarquer, sa famille et lui, et de venir s'installer en Nouvelle-France.  C'est ainsi que Louis Hébert, sa femme Marie Rollet et leurs enfants (Guillaume, Guillemette et Anne) deviennent en 1617, la première famille à s'installer en Nouvelle-France.

Le premier registre de baptêmes, mariages et sépultures de Québec est ouvert en 1621. Le 26 août 1621, Guillaume Couillard épouse Guillemette Hébert, fille de Louis Hébert, le premier colon de Québec. C’est là, incontestablement, le premier mariage enregistré à Québec et dans toute la Nouvelle-France.

Les premières années sont difficiles pour ces exilés de France. Quand ces premiers colons  entrent en scène pour aller habiter en Nouvelle-France, c'est toute une aventure à l’époque, parce qu'ils sont confrontés à un environnement des plus hostiles (Hardy, Jean-Pierre (2007): Chercher fortune en Nouvelle-France. Québec: Éditions Libre Expression). Les émigrants doivent se loger, se vêtir et se nourrir. Le simple fait de survivre constitue alors déjà un exploit. Les habitants doivent défricher leur terre et se construire une cabane pour survivre à l’hiver rigoureux.  Le travail est très dur pour tous les membres de la famille qui y participent.  Les hommes coupent des arbres et les transportent à travers les broussailles avec une hache pour seul outil.  Dès que le printemps arrive, ils commencent à ensemencer leur terre et à construire leur maison définitive.  La petite cabane se transforme alors en étable. Comme la famille Hébert développe des liens d’amitié avec les Amérindiens, ces derniers leur enseignent des méthodes pour s’adapter au climat.  Ils leur  montrent entre autres la culture du maïs.  Au début de l’hiver 1627, Louis Hébert  fait une mauvaise chute sur la glace. Il décède le 25 janvier suivant des suites de ses blessures à l’âge de 52 ans.  Quant à sa femme, Marie Rollet, elle meurt en 1649 après avoir passé de nombreuses années à soigner les malades et à enseigner aux petites Amérindiennes. Le cap où la famille Hébert était installé, deviendra la Haute-Ville de Québec.

Les romans cultes - les Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé (1883) (nouvelle édition critique par Aurélien Boivin, 2007) et Jean Rivard, le défricheur (1862) d’Antoine Gérin-Lajoie (nouvelle édition 2008) – peigent le mieux la vie, les mœurs et le travail des défricheurs d’autrefois:

 « Jean Rivard se rappelait le précepte: ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd'hui: aussi à peine l'Aurore aux doigts de rose avait-elle ouvert les portes de l'Orient, comme dirait le bon Homère, que nos deux défricheurs étaient déjà à l'oeuvre.
Ils commencèrent par éclaircir et nettoyer les alentours de leur cabane; en quelques jours les arbrisseaux avaient été coupés ou arrachés de terre, les corps morts avaient été coupés en longueurs de huit à dix pieds, réunis en tas et brûlés; les grands arbres seuls restaient debout, trônant ça et là, dans leur superbe majesté. (...) On avouera qu'il fallait, sinon du courage, au moins de bon bras pour s'attaquer à ces géants de la forêt, qui ne succombaient qu'avec lenteur sous les coups répétés de la hâche. »  (Jean Rivard, défricheur, p.44-45)

Sujets d'étude

  1. À l'initiative de qui  le Roi de France se décide-t-il à investir dans la colonisation de la Nouvelle-France? Et en quelle année?
  2. Quelles sont les craintes d'Henrie IV qui se perpétuent jusqu'au temps de Louis XIV ?
  3. Qui est Louis Hébert et pourquoi sa rencontre avec Champlain va-t-elle changer sa vie?
  4. Que peut-on dire de ces premières années que les colons passèrent en Nouvelle-France?
  5. Quelles ont été les tâches à exécuter?
  6. Dans quelle mesure les Hébert ont-ils profité des Amerindiens et vice versa?
  7. Qui est Jean Rivard?
  8. Décrivez le travail d'un défricheur.
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La compagnie des Cent-Associés et les frères Kirke 
(1627-1632)


Afin de dépasser les concurrents anglais, hollondais et espagnols et de garantir à la France un rôle prééminent en Amérique du Nord, Richelieu fonde la "Compagnie de la Nouvelle-France, aussi appelée compagnie des Cent-Associés" (cf. Trudel, Pierre, 1979: Histoire de la Nouvelle-France. La seigneurie des Cents-associés. Vol. III., Montréal : Fides). Cette compagnie se voit confier les colonies en 1627  et représente la première véritable tentative de colonisation de la France en Amérique. Richelieu suggère d'implanter un grand nombre de Français catholiques en Nouvelle-France pour stimuler le commerce d'une marine marchande et pour évangéliser les indigènes. Les cent actionnaires, dont font partie Samuel de Champlain et Richelieu, avancent chacun un capital de 3000 livres, soit un capital de départ assez intéressant pour cette compagnie.

La compagnie fonctionne selon le même schèma que les précédentes. Elle se voit octroyer le monopole de tout commerce à perpétuité et le monopole du commerce des fourrures pour 15 ans, 15 années où elle devrait installer 4000 colons à ses frais en plus de veiller à la défense, à l'administration du territoire et à la conversion des Indiens.

En 1628, une centaine de personnes environ habitent en Nouvelle-France. Depuis un an, sur l'ordre du cardinal de Richelieu, la Compagnie des Cent Associés se doit de travailler au peuplement de la colonie. C'est pourquoi, au printemps de l'année 1628, 400 colons arrivent de France sur quatre bateaux. Toutefois, une surprise les attend. Les cinq frères Kirke, des corsaires anglais, interceptent les quatre navires.  Ils agissent ainsi dans le but de prendre le monopole du commerce des fourrures au nom d'une compagnie de la ville de Londres en Angleterre.  Bien sûr, les Français essaient de résister, mais les Anglais sont trop puissants et ils doivent abandonner (Cf. Champagne, André, 1996: « Entretien avec Denis Vaugeois. Les batailles de Québec ». Dans: Idem, Histoire du régime français: 153-185.)


La plupart des Français - de 60 à 80 colons, des administrateurs, des officiers, les Récollets et les Jésuites - doivent quitter Québec et retourner en France.Seulement une vingtaine de colons (parmi lesquels se trouve la famille Hébert) restent en Nouvelle-France. Pendant trois ans (1629-1632), la Nouvelle-France appartient aux Anglais.


Au début de son histoire, vers 1630, la Nouvelle-France ne compte qu'une centaine d'habitants dispersés en deux groupes, l'un à Québec, l'autre à Port-Royal (en Acadie, aujourd'hui la Nouvelle-Écosse). Il n'y a là pas de quoi impressionner la Nouvelle-Hollande, qui compte déjà 10.000 habitants, et les colonies anglaises qui en ont 80.000. De plus, tout fonctionne mal en Nouvelle-France, que ce soit sur le plan des institutions civiles, des autorités religieuses ou de l'économie. Jusqu'en 1660, la France parle d'abandonner les rives du Saint-Laurent. Néanmoins, entre 1627 et 1663, la population passe de 100 habitants à quelque 2500.



Sujets d'étude


  1. Qu'est-ce que la Compagnie de la Nouvelle-France et qui l'a fondée?
  2. Qu'est-ce que  Richelieu suggère et pourquoi?
  3. Qui est Samuel de Champlain est en quoi consiste sa contribution au projet?
  4. Dans quel domaine la compagnie s'engage-elle et quelle est sa responsabilité?
  5. Que se passe-t-il en 1628 et pourquoi le texte parle-t-il d'une surprise?
  6. Quelles sont les conséquences de cet événement en ce qui concerne les habitants?
  7. Dans quels lieux les habitants se sont-ils installés en 1630?
  8. Quelles furent les autres nations présentes sur le continent?
  9. Comment se déroulait la vie de tous les jours en Nouvelle-France?
  10. Qu'est-ce qui se passe entre 1627 et 1663?
Exercice à choix multiple

Fondation de Montréal - (1642)


En 1641, on envoie, de France, l'officier Paul de Chomedey de Maisonneuve avec la mission de fonder un établissement en Nouvelle-France qui aura comme objectif de convertir les Amérindiens à la foi catholique.  Maisonneuve n'est pas seul à s'embarquer pour l'aventure.  En plus des quarante engagés qui partent avec lui pour le voyage, se trouve une femme, Jeanne Mance, qui va jouer un rôle important dans la colonie. Le 9 mai 1641, les deux bateaux réservés pour la mission quittent la France.  Ils arrivent à Québec vers la fin de l'été. Comme l'hiver approche, les futurs colons décident de passer l'hiver à Québec. Durant ces mois, les habitants de Québec tentent de les convaincre de renoncer à leur projet insensé.  En effet, plusieurs personnes ne croient pas en un tel projet du fait des attaques répétées des Iroquois. Malgré les avertissements, Maisonneuve et ses hommes quittent Québec au printemps et arrivent à Montréal (qu'ils nomment Ville-Marie) neuf jours plus tard. Au cours des années suivantes, la petite ville se développe très peu à cause des attaques des Iroquois. Régulièrement, il faut rebâtir les maisons qui sont incendiées et les colons n'osent plus s'éloigner du fort. Il faut attendre des renforts de France pour mater les Iroquois et pour que la ville de Montréal  puisse continuer à se développer pour devenir finalement la métropole du Québec.

Sujets d'étude

  1. Qui est Paul de Chomedey et quel est son objectif en Nouvelle-France?
  2. Avec qui entreprend-il son voyage?
  3. Où passent-ils l'hiver?
  4. Pourquoi les habitants de Québec veulent-ils dissuader Chomedey de continuer son voyage?
  5. Combien de jours les colons mettent-ils pour parcourir le chemin entre Québec-Ville et Montréal?
  6. Quel est l'ancien nom de la ville de Montréal?
  7. Pourquoi parlait-on alors d'une menace iroquoise?
  8. Quand les colons surmonteront-ils ce problème?
(III) Assises 1663-1700

Arrivée de Jean Talon et les "filles du roy"
Les filles du roy - extraits du film 56:16




A compter de 1663, la France entreprend de peupler le Canada en favorisant l'émigration de nombreux sujets vers sa colonie. Après les recrues de Montréal (1653 et 1659), ce sont les militaires qui débarquent en grand nombre et vont souvent s'établir au pays; ce sont aussi les "filles du roi" dont le rôle sera déterminant pour le peuplement de la Nouvelle-France. Ces mesures, et la fécondité remarquable des unions ainsi formées, établissent de manière irréversible une population française.

L'expansion de la Nouvelle-France s'accélère entre 1660 et 1713 à mesure que la France établit des colonies en Acadie et le long des rives du Saint-Laurent.  Lorsque le jeune Louis XIV prend place sur le trône de France il réunit la colonie à la Couronne et lui donne le statut de colonie française. La Nouvelle-France connaît alors une phase d'expansion décisive et les immigrants arrivent beaucoup plus nombreux. En 1665, Louis XIV décide l'envoi de tout un régiment, le Carignan-Salières, d'environ 1200 hommes pour hâter le peuplement et pour défendre la colonie contre les Iroquois qui finalement seront soumis. C'est ainsi que Jean Talon est nommé intendant du Roi de France. Cela signifie qu'il lui revient de gérer tout ce qui a trait à la justice, aux lois, et aux finances de la colonie puisque le Roi ne peut pas le faire lui-même de France. Une des importantes responsabilités de Jean Talon est d'assurer la colonisation de la Nouvelle-France. En effet, le Roi et les administrateurs de la colonie s'inquiètent du fait que les Anglais sont 30 fois plus nombreux que les Français. C'est pourquoi ils désirent faire venir le plus de gens possible en Nouvelle-France et créer de nouveaux centres commerciaux. La Nouvelle-France n'en finit pas de s'étendre de 1665 à 1713. L'intendant Jean Talon, puis le gouverneur Frontenac, encouragent le mouvement exploratoire et la prise de possession des terres découvertes au nom du roi. Aux objectifs traditionnels - développement des postes de traite, recherche de gisements miniers, route de la Chine - s'ajoute un facteur nouveau: la nécessité de faire barrage à l'expansion britannique.

Jean Talon qui est « un organisateur de génie » (Lacoursière 1995, t.1 : 119-132) met en place des lois spéciales pour forcer les gens à s'établir et à faire des enfants.  Par exemple, il encourage les seigneurs à engager des hommes de France afin qu'ils viennent s'installer sur leurs terres. Les colons qui arrivent dans ce cadre sont souvent des gens de métier.  Ils ont entre 16 et 40 ans et sont célibataires. Ils s'engagent à venir travailler sur les terres d'un seigneur pour une durée de trois ans.  Pendant ces trois années, ils sont obligés de défricher une partie de la terre du seigneur en plus de  la leur.  Ils reçoivent aussi un certain salaire mais ils doivent respecter des règles très strictes. Par exemple, les engagés n'ont pas le droit de chasser, de se marier ou de quitter leur maître.  S'ils ne respectent pas ces règles, les conséquences sont graves.  Ils peuvent recevoir des amendes et même être emprisonnés.

Jean Talon a trouvé une autre solution originale au problème de la colonisation. En effet, il fait venir de France, entre 1665 et 1670, environ 900 filles du Roi. On les appelle "filles du Roi" bien qu'elles ne soient nullement des princesses.  Il s'agit plutôt d'orphelines ou de filles de familles plus pauvres qui reçoivent une dot (des vêtements, du tissu, etc.) et un peu d'argent de la part du Roi de France et qui s'embarquent pour la Nouvelle-France. Arrivées sur place, ces filles, âgées de moins 25 ans,  sont reçues dans les couvents et elles se trouvent un mari après quelques jours seulement.  Elles vont ensuite s'installer sur des terres qu'elles doivent défricher et où elles fondent une famille.

On peut imaginer qu'une telle décision a été mal perçue par l'Église et que les curés y ont fait opposition en hésitant à bénir les mariages hâtifs. Devant ces difficultés, le ministre Colbert tente de rassurer Jean Talon à propos de la qualité des jeunes filles. Le 11 février 1671, il écrit ce qui suit à Talon: "J'ai aussi donné ordre de vous envoyer des certificats des lieux où les dites filles seront prises, qui feront connaître qu'elles sont libres et en état de se marier sans difficulté." 


D'autres lois sont mises en place pour assurer la colonisation du pays. Par exemple, en 1669, le roi décide de récompenser les familles nombreuses. Il décide alors de donner chaque année, 300 livres (monnaie française) aux familles de 10 enfants et 400 livres aux familles de 12 enfants. En 1670, les pères de familles sont obligés, sous peine de lourdes amendes, de donner leurs filles en mariage avant qu'elles aient atteint l'âge de 16 ans et leurs garçons avant 20 ans. Les coureurs des bois qui ne veulent absolument pas se marier deviennent des hors-la-loi. Pour l'annecdote, Jean Talon ne s'est jamais marié!



L'initiative de Jean Talon qui, peu après son arrivée en Nouvelle-France, effectue lui-même le recensement des habitants de la colonie a frappé les historiens et inspiré quelques artistes.



Par ville ou par région plus densément peuplées, le tableau de la population est le suivant:

Montréal: 625 île d'Orléans: 452
Québec: 547 seigneurie de Beauport: 185
côte de Beaupré: 533 seigneurie de Sillery: 140
Trois-Rivières: 455 seigneurie Notre-Dame-des-Anges: 112

Il se dégage de ce recensement un autre élément important: celui des métiers désormais représentés en Nouvelle-France

bouchers: 7
boulangers: 11
bourgeois: 16
charpentiers: 36
chirurgiens: 5
cordonniers: 20
engagés: 401
huissiers: 4
imprimeurs: 1
instituteurs: 3
maçons: 32
marchands: 18
menuisiers: 27
meuniers: 9
notaires: 3
pâtissiers: 5
serruriers: 3
tailleurs: 30
tonneliers: 8

  • Anne-Ségolène Verneret d'après le livre de Rémi Tougas (2003): L'allemande: La scandaleuse histoire d'une fille du roi (1657-1722). Québec: Les éditions du Septentrion. L'allemande: La scandaleuse histoire d'une fille du roi (Word)
  • Pierre Boucher, (Pierre) (1664, 1964): Histoire véritable et naturelle des Moeurs & Productions du Pays de la Nouvelle-France, Vulgairement dite le Canada, Paris: Lambert 1664. (Réédition Société historique de Boucherville, Boucherville, 1964.) 
  • Dumas, Sivlio (1972): Les Filles du roi en Nouvelle-France. Étude historique avec répertoire biographique. Québec: Société historique de Québec.
  • Gustave Lanctôt, Gustave (1952):  Filles de joie ou Filles du roi. Étude sur l'émigration féminine en Nouvelle-France, Montréal: Éditions Chantecler.
  • Yves Landry, Yves (1992): Les Filles du roi au XVIIe siècle. Orphelines en France, pionnières au Canada. Montréal: Éditions Leméac. 
  • Gérard Malchelosse, Gérard (1950):  L'immigration des filles de la Nouvelle-France au XVIIe siècle. Les Cahiers des Dix, vol. 15.

Sujets d'étude

  1. Qu'est-ce qui accélère à partir de 1660 l'expansion de la Nouvelle-France?
  2. Quel rôle joue Louis XIV dans cette évolution?
  3. Que se passe-t-il en 1665 et pourquoi?
  4. Qui est Jean Talon, quelle est sa préoccupation principale et pourquoi?
  5. Quelles initiatives sont prises sur le plan législatif?
  6. Qu'est-ce qu'on sait des colons touchés par cette loi?
  7. Quels sont les droits et les devoirs des nouveaux colons arrivant de France?
  8. Résumez l'histoire des "filles du Roi". Qu'en pensez-vous?
  9. Quelle a été la réaction de l'Eglise?
  10. Quel est le contenu de la loi de 1669? Etablissez un rapport avec la dénatalité de nos jours.
  11. Interprétez les tableaux a) sur le recensement de la population; b) sur les métiers représentés en Nouvelle-France.
Remettez les phrases dans l'ordre chronologique
Exercice de vocabulaire:  les mots croisés

         




Le XVIIIe siècle

(IV) Expansions et premiers échecs (1700-1750)

Signature du traité d'Utrecht (1713)


Avantagée par un taux extraordinaire de natalité (7,8 enfants par femme) et par une immigration abondante, le Canada voit se multiplier sa population; de 2500 habitants en 1663, elle passe à 20 000 en 1713, à 55 000 en 1755 et à 75 000 en 1760. Entre Québec et Montréal se développe une société terrienne, encadrée par le système seigneurial, et au sein de laquelle l’agriculture repose sur la production de froment et sur une main-d’œuvre familiale. Les personnes nées en Nouvelle-France constituent désormais la majorité de la population. L'apport de l'immigration métropolitaine n'est plus dominant, mais garde son importance par le type d'immigrants qui arrivent au pays. On observe aussi des mouvements migratoires intérieurs: des "enfants du pays" vont coloniser d'autres territoires de la Nouvelle-France, dont la Louisiane.

Au XVIIIe siècle la population augmente alors essentiellement grâce à l’accroissement naturel. L’intérieur du continent est occupé aussi, mais sans véritable peuplement. Les postes établis servent de points d’appuis militaires et surtout de comptoirs pour la traite des fourrures. Dans les « Pays d’en Haut, comme on appelait la région des Grands Lacs, des marchands, des soldats et des missionnaires vivent au contact des Indiens.

La signature du traité d'Utrecht en 1713 change l'équilibre des forces en Amérique. Suivant l'article 12, la France doit céder une partie des territoires qu'elle possède en Nouvelle-France à l’Angleterre pour régler ses dettes : Terre-Neuve, l'Acadie, la baie d'Hudson et la rive gauche du Mississipi.  Elle ne garde en fait qu'un étroit corridor sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent ainsi que l'île Royale, aujourd'hui l'île du Cap-Breton.

 

Sujets d'étude
  1. Décrivez l'évolution démographique entre 1663 et 1760.
  2. Que faut-il entendre par "Pays d'en Haut" ?
  3. Quel est le contenu du traité d'Utrecht? Quelles territoires la France doit-elle céder à l'Angleterre?
Exercice à trous

2.5. (V) La fin de la Nouvelle France (1750-1763)

La période de la guerre de Sept Ans donne lieu à d'importants mouvements migratoires entre la Nouvelle-France et l'Europe. La déportation des Acadiens (1755), du Canada vers la France puis, pour certains à nouveau le rétablissement  au Canada, en Acadie et en Louisiane, constitue l'un des événements majeurs de cette période. Si la conquête britannique a mis un terme à la colonisation française en Amérique du Nord, elle n'a pas pour autant effacé la présence française (Québécois, Canadiens français, Acadiens, francophones des Etats-Unis), encore solidement ancrée en terre d'Amérique.

Déportation des Acadiens (1755)
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Evangéline vidéo 1 (2) (3)




Destinée de trois familles déportées (Carte animée)


En 1713, le traité d'Utrecht a donné à l'Angleterre toute l'Acadie. Toutefois, la majorité de Français qui y habitent refuse de prêter serment d’allégeance au roi d'Angleterre. Les Anglais craignent que les Acadiens puissent leur être déloyaux en temps de guerre. C'est pourquoi, en 1755, l'Angleterre envoie une armée en Acadie. Sur ordre du gouverneur anglais Monkton, les soldats détruisent 6 000 maisons, enferment des Acadiens dans des églises qui sont brûlées et embarquent la population pêle-mêle sur des bateaux en destination des colonies anglaises (situées aux États-Unis).  C’est le début de la déportation, connue sous le nom de « Grand Dérangement ». Parmi les 14 000 Acadiens déportés plus de 8 000 meurent d’épidémie ou de privations pendant l'exode. Cette émigration forcée la population acadienne s’apparente à une épuration ethnique pour des raisons discriminatoires, stratégiques, religieuses et idéologiques.



Sujets d'étude

  1. Qu'est-ce que l'Acadie?
  2. Pourquoi l'Angleterre envoie-t-elle une armée en Acadie en 1755?
  3. Où sont situées les colonies anglaises? (cf. la carte ci-dessus)?
  4. Quel événement a-t-on appelé "le Grand Dérangement?"
  5. Exercice à choix multiple


Ode à l'Acadie - Grand Pré, 1994
Paroles et musiques : Angèle Arsenaut
Clip 1 / Clip 2


Ode à l'Acadie - Grand Pré, 1994
Paroles et musiques : Angèle Arsenaut



I
On porte toujours en soi un peu de son pays

Et moi je n'oublie pas que je suis d'Acadie
Si mon histoire est triste, ce n'est pas votre faute
Mais soyons des artistes, écrivons-en une autre
Qui sera bien plus belle, beaucoup moins dramatique
Avec des arcs-en-ciel, d'la danse et d'la musique
À partir d'aujourd'hui, bâtissons l'avenir
En gardant du passé nos plus beaux souvenirs
 
II
Grand Pré, c'est là que tout a commencé
Grand Pré, c'est là que nous avions rêvé
Grand Pré, de bâtir un monde nouveau
À l'abri des tempêtes, au bord de l'eau
Grand Pré, c'était un peu le paradis
Grand Pré, les Indiens, c'étaient nos amis
Grand Pré, à l'abri des arbres géants
Dans le Bassin des Mines, à l'origine
Du nouveau continent
III
Non, ils sont pas venus, les soldats, c'est pas vrai

Car dans la petite église, tous les hommes priaient
Les femmes à la maison préparaient le fricot
Les enfants dans les champs surveillaient les troupeaux
Non, elle n'est pas venue, la si terrible guerre
Qui déchire les familles et crée tant de frontières
Si c'est ça mon histoire, je refuse d'y croire
Je préfère oublier ce qui est arrivé

IV
Grand Pré, tout un peuple qu'on a déporté
Grand Pré, une page d'histoire qu'on a déchirée
Grand Pré, les maisons, les fermes, brûlées
Tout c'qu'on avait bâti s'est effondré
Grand Pré, où sont les Leblanc, les Légères
Sont-ils en Louisiane ou à Belle-Ile-en-Mer
Grand Pré, comment faire pour garder l'espoir
Allons-nous nous revoir, comment savoir
Où se trouve l'Acadie

V
Dans les prisons de Londres et dans le port de Nantes
Pendant de longues années, ils vécurent dans l'attente
De pouvoir retourner chez eux en Amérique
On les a bien nommés, les piétons de l'Atlantique
Ces braves paysans qui venaient du Poitou
Du Berri, d'la Touraine, d'la Bretagne, de l'Anjou
Ils avaient tout quitté pour un peu d'liberté
On les a condamnés à vivre en exilés
 

VI
Grand Pré, je ne veux pas vous faire pleurer

Grand Pré, mais je ne peux pas oublier
Grand Pré, que mes ancêtres étaient Français
Et tout ce qu'ils voulaient c'est vivre en paix
Grand Pré, nous n'étions que quelques milliers
Grand Pré, nous n'avons pas abandonné
Grand Pré, aujourd'hui nous pouvons rêver
Trois millions d'Acadiens et d'Acadiennes continuent à chanter
 
VII
Nous avons survécu

Nous sommes les invaincus
Nous nous sommes relevés
Nous avons triomphé
Nous connaissons la guerre
La faim et la misère
Mais nous n'avons ni frontière
Ni haine, ni regard en-arrière
Nous marchons droit devant
Vers le soleil levant
Fiers de notre héritage
Parlant notre langage
Marchant à notre pas
Chantant Alléluia
Enfants de l'Acadie
Notre histoire nous a grandis
Notre histoire n'est pas finie

Début de la guerre de Sept Ans (1756)



Depuis plusieures années, les Français et les Anglais sont en désaccord sur plusieurs points dont les territoires que chacun possède en Amérique du Nord.  En effet, les colonies anglaises aimeraient bien s'étendre vers l'ouest, sur les terres de l'Ohio. Cependant, les Français occupent déjà ces territoires et y pratiquent la traite des fourrures. Pour pouvoir se défendre, les Français construisent des donc des forts. L'un de ces forts, la forteresse de Louisbourg, est particulièrement puissant et permet aux marchands français de s'enrichir grâce à la prospérité de cet endroit. C'est pourquoi, aux yeux de plusieurs personnes, la Nouvelle-France empêche les colonies anglaises de se développer.

À partir de 1756, la France et l'Angleterre entrent officiellement en guerre. Les enjeux du conflit sont les territoires d'Amérique. Chacune des métropoles envoie des troupes de soldats en renfort.  Les Anglais s'allient avec les Iroquois alors que les Français s’allient avec les Algonquins. Au début de la guerre, les Français remportent des batailles en s’emparant de plusieurs forts anglais.  Mais en 1758, l'Angleterre qui est déterminée à gagner la guerre, envoie d'autres renforts.  La France, pour sa part, préfère garder ses hommes en métropole où sévit aussi la guerre.  C'est ainsi qu'en 1759, les anglais comptent 26740 hommes (26080 soldats et 660 combattants américains et iroquois) alors que les Français en compte 15670 (4060 soldats et 11610 Canadiens et Amérindiens). Les Anglais sont alors beaucoup plus nombreux et mieux armés pour remporter la bataille.  C'est pourquoi, en 1758 et 1759, plusieurs forts tombent aux mains des Anglais dont la puissante forteresse de Louisbourg.


Sujets d'étude
  1.     Que construisait-on à l'époque pour mieux se défendre?
  2.     En quelle année la France et l'Angleterre entrent-elles en guerre?
  3.     Comment a-t-on appelé cette guerre?
  4.     Quel était le rapport de forces entre les Anglais et les Français
Exercice à choix multiple


Siège de Québec et capitulation (1759/1760)





Le 26 juin 1759, la flotte anglaise arrive devant le port de Québec. C'est le début de l'épisode le plus important de la Conquête.  L'armée anglaise est impressionnante : environ 200 embarcations et 2000 canons.  Heureusement, les Français peuvent compter sur la position géographique de la ville pour se défendre.  En effet, une grande falaise protège la ville sur plusieurs kilomètres,  les Anglais ne pourraient donc pas attaquer sans être vus des Français. Pendant tout l'été, les Anglais bombardent la ville et tentent de trouver un lieu propice pour débarquer.  À chaque tentative, les Français réussissent à les repousser. Cependant, vers la fin de l'été, les Anglais parviennent à remonter le fleuve (en direction de Montréal) et à dépasser Québec.

Selon les recommandations du traitre François-Joseph Cugnet, un avocat de Québec, le général anglais James Wolfe choisit, le 10 septembre 1759, l'Anse au Foulons comme zone de débarquementréussit. Cet endroit située à la base d’une falaise de 53 mètres sur laquelle repose Québec est peu défendu de part son accès géographique difficile. Pendant la nuit du 12 au 13 septembre les soldats gravissent la falaise un à un sur un petit sentier et ils réussissent à déjouer l'armée française. On peut imaginer la surprise des Français lorsqu'ils se réveillent le matin du 13 et qu'ils ont aperçoivent les Anglais en formation sur les plaines d'Abraham. (cf.  Saint-Martin, Gérard (2007) : Québec 1759-1760 ! : les plaines d'Abraham. Paris : Economica; cf. aussi Louis Fréchette, Les plaines d'Abraham, dans: La légende d'un peuple, p. 108-110).  


Évidemment, les Français ne sont pas préparés à combattre, mais le général Montcalm décide tout de même de lancer ses troupes à l'attaque. Après à peine 30 minutes de combat, les Français sont obligés de fuir vers la ville. Durant la bataille, les deux généraux sont mortellement blessés.

Les Anglais attendent ensuite patiemment que les soldats et les citoyens se rendent et prennent alors possession de la ville. Le 13 septembre constitue une date marquante pour le Canada et une journée qui change le cours de l'histoire sur le continent nord-américain. La bataille des Plaines d'Abraham précipite la défaite de la France. Les efforts du successeur de Montcalm, le chevalier de Lévis, et du gouverneur Vaudreuil ne peuvent pas éviter à Montréal de capituler un an plus tard. Désireux d'éviter un massacre des habitants, le gouverneur Vaudreuil se résoud à signer, le 8 septembre 1760, à Montréal, la capitulation du Canada et, par le fait même, de la Nouvelle-France. (Lacoursière 1995 t. I : 293-326)


Les traitres! s'ils gardaient pour eux seuls leurs souillures!...
Mais ils ont souffleté nos gloires les plus pures;
Ils ont éclaboussé tous nos fronts immortels;
Aux croyances du peuple ils ont tendu des pièges,
Et dressé leurs tréteaux, histrions sacrilèges,
Jusques à l'ombre des autels.
 
Mais il manque à l'orgie un nouveau camarade:
Il faut à ces roués un roi de mascarade,
Un roi de la bamboche, un roi de carnaval!
Oui, je l'avoue, il manque une chose à la fête:
Le stigmate, il est vrai, décore bien la tête,
Mais pas comme un bandeau royal.
 
Eh bien! puisqu'il le faut, - pardonne, ô ma patrie! -
Dans les sales bourbiers de la truanderie
Plongez-vous pour trouver un roi digne de vous;
Un roi digne de vous, s'il s'appelle Cartouche,
S'il a le vice au coeur et le fiel à la bouche,
Et surtout s'il sort des égoûts!


Fréchette, Louis (1866): La Voix d'un exilé, p. 12.
Quelle guerre! Et comme la France d'alors l'ignore! D'Argenson nous a tracé le tableau cruel de cette cour où la Pompadour pérore et picore, tandis que le roi dit - avec Voltaire, hélas! - qu'on n'a guère à se soucier de quelques arpents de neige. On meurt cependant, là-bas, sur cette neige rougie. On y tombe bravement, élégamment, à la française. Nos soldats y vont au rempart en sortant d'un bal, et si les officiers portent des manchettes, c'est pour mieux étancher le sang de leurs blessures.

Tout dans cette lutte est épique. Les deux chefs d'armée expirent le même jour, sur le même champ de bataille, et, tandis que les Anglais s'empressent autour du général Wolfe mortellement frappé, Montcalm rentre à Québec, pâle et déjà mourant sur son cheval; et les femmes, en le voyant passer, livide, ensanglanté, disent en se signant : « Grand Dieu! le Marquis est mort!... » le marquis qu'on enterrera bientôt dans le trou creusé par une bombe anglaise."

Fréchette, Louis (1887): Légende d'un peupleBibliothèque électronique du Québec, Jean-Yves Dupuis, 2002, Préface par Jules Charletie, p. 8-9.)
Mais le nombre devait triompher du courage.
Un roi lâche, instrument d'un plus lâche entourage,
Satyre au Parc aux cerfs, esclave au Trianon,
Plongé dans les horreurs de débauches sans nom,
Au gré des Pompadour jouant comme un atome
Le sang de ses soldats et l'honneur du royaume,
De nos héros mourants n'entendit pas la voix.
Montcalm, hélas! vaincu pour la première fois,
Tombe au champ du combat, drapé dans sa bannière.
Lévis, dernier lutteur de la lutte dernière,
Arrache encor, vengeant la France et sa fierté,
Un suprême triomphe à la fatalité!

Puis ce fut tout. Au front de nos tours chancelantes,
L'étranger arbora ses couleurs insolentes;
Et notre vieux drapeau, trempé de pleurs amers,
Ferma son aile blanche et repassa les mers!
L'enfant avait donné tout son sang goutte à goutte:
On lui fit du Calvaire alors prendre la route.
Trompée en son amour, blessée en son orgueil,
La pauvre nation sous ses voiles de deuil,
Les yeux toujours tournés vers la France envolée,
Berça de souvenirs son âme inconsolée.

Fréchette, Louis (1887): Légende d'un peuple,
Première époque: Notre histoire, p. 22-23.


Sujets d'étude
  1.     Pourquoi la date du 26 juin 1759 est-elle si importante pour les Anglais et les Français? Expliquez.
  2.     Pourquoi l'emplacement de la ville de Québec semble être une bonne position stratégique?
  3.     Quel évenement a  lieu dans la nuit du 12 au 13 septembre?
  4.     Où le dernier combat a-t-il lieu?
  5.     Est-ce que l'armée du général Montcalm s'est défendue jusqu'au dernier homme?
Exercice: Remettez les phrases dans l'ordre chronologique

Pour approfondir: Le sentier de la guerre aux plaines d'Abraham 1759 - Site interactif du Musée virtuel du Canada. Cette aventure interactive  projette l'internaute au coeur de la bataille des plaines d'Abraham. Sous nos yeux, 4 personnages revivent au moyen de jeux, de vidéos, de narrations, de musique et de décors d'époque. © Commission des champs de bataille nationaux 2005
Cf. aussi le site sur l'année 1759 et Louis Fréchette, Les plaines d'Abraham, dans: Légende d'un peuple, p. 108-110.



Traité de Paris (1763)





En 1763, après la victoire de l'Angleterre, un traité est signé entre la France et l'Angleterre. Ce traité, le traité de Paris, donne à l'Angleterre tout le territoire de la Nouvelle-France.  Les habitants de la Nouvelle-France deviennent alors des sujets britanniques.  Ils ont le choix de retourner en France ou de demeurer au Canada. Ceux qui restent au pays doivent prêter allégeance au roi d'Angleterre, mais ils conservent leurs terres et le droit de pratiquer leur religion.

Le traité de Paris n'implique pas seulement une séparation profonde mais une rupture définitive pour la population francophone. Cependant il convient de rappeler que cette implantation n'a jamais été très importante. La France, à l'inverse de l'Angleterre, n'a jamais mis en place de véritable politique de peuplement en Amérique du Nord. En 1763 le territoire compte seulement environ 70.000 habitants. Pourtant les Français considèrent alors le Canada comme une région de France qui accueille une population française qui reste proche de ses origines et conserve ses traditions. Il faut préciser cependant  que l'occupation des territoires est bien un acte de colonisation parce que l'implantation se fait dans un territoire où vivent déjà des communautés autochtones avec lesquelles on essaiede mettre en place un échange économique - afin de pouvoir mieux les exploiter.


La plupart des élites quittent le pays, le reste se rallie à la couronne britannique. Commence alors l’idéologie de la survivance, basée sur le maintien de la langue, la religion catholique et l’exaltation du passé. La Révolution française de 1789 introduit une distance supplémentaire. Elle rend insurmontables les divergences avec la France du fait de l’influence de l’Eglise catholique dans la société canadienne-française et des orientations nouvelles de la politique française.













Sujets d'étude
  1. Expliquez la rupture provoquée par le traité de Paris. Essayez de réfléchir sur la différence entre une colonie de peuplement et une colonie d'exploitation.
  2. Les Français sont-ils autorisés à rester sur le territoire après la défaite et le traité de paix ?
  3. Quelles conditions les Anglais leur imposent-ils ?
  4. Comment les Francais réagissent-ils ?
  5. Quel est  le rôle de la religion ?
  6. Résumez les idées directrices du traité de Paris et commentez les deux cartes ci-dessus.



La Nouvelle-France est contrôlée par la France de l'Ancien Régime de 1534 à 1760. Elle demeure sous domination anglaise de 1760 à 1763, en attendant les résultats de la guerre de sept ans.

Dans sa plus grande étendue, avant le Traité d'Utrecht (1713), la Nouvelle-France comprenait cinq régions possédant chacune sa propre administration :
  • le Canada (actuel Québec et Ontario),
  • l'Acadie, (actuel Canada)
  • la Baie d'Hudson (actuel Canada)
  • L'île de Terre-Neuve, (actuel Canada)
  • la Louisiane (centre des États-Unis, des grands Lacs à la Nouvelle-Orléans).

A l'époque, le territoire de la Louisiane s'étendait des Grands Lacs jusqu'au golfe du Mexique. Il comprenait alors une bonne partie de ce qui allait devenir le centre-ouest des États-Unis, dont dix États américains actuels (Arkansas, Dakota du Sud, Dakota du Nord, Iowa, Kansas, Missouri, Montana, Nebraska, Oklahoma, et la Louisiane actuelle) ainsi que des parcelles des futurs Colorado, Wyoming, Minnesota et Texas.

Cet immense territoire, administré par le Secrétariat d'Etat à la Marine, avait son gouvernement à Québec. Le gouverneur général est responsable des cinq colonies de la Nouvelle-France: le Canada, Terre-Neuve, l'Acadie, la Baie d'Hudson et la Louisiane


Évolution de la colonisation française au Canada
Le régime français est divisé en cinq périodes
Source: Maurice Séguin, Rond-Point



Maurice Séguin divise le Régime français en cinq périodes:
 
Chapitre I : 1534 à 1608 : Découverte et abandon (70 ans)
Chapitre II : 1608 à 1663 : Naissance laborieuse (60 ans)
Chapitre III : 1663 à 1672 : Essor prodigieux (10 ans)
Chapitre IV : 1672 à 1754 : Long cheminement (80 ans)
Chapitre V : 1754 à 1760 : Écroulement (6 ans)

Il note deux grandes étapes :

  • De 1534 à 1760 : 225 ans
  • De 1608 à 1760 : 150 ans

NOTE :La figure ci-dessus, mise en forme par Le Rond-Point, illustre le graphique fait à la main, en 1944-1945, par Maurice Séguin lui-même (cf. Fonds Maurice Séguin, Service des Archives, Université de Montréal, cote P221 / 2453 / 63 / 8 / 5 / 2 (Collège Sainte-Marie, Syntaxe, Montréal, [1944-1945] : préparation de cours en histoire du Canada par Maurice Séguin.) Fac-similé de la préparation de cours.







1763-1867

( VI) La domination anglaise et la création de la confédération canadienne


Ligne du temps: le Régime anglais



© Avec l'aimable autorisation de Daniel Charland / Histoire nationale - Séminaire de Sherbrooke








Du traité de Paris (1763) à la responsabilité ministérielle (1848)
Tableau de synthès en format word

Vous trouverez ici un résumé avec cartes du traité de Paris, de la Proclamation royale, de l’Acte de Québec, du traité de Versailles, de l’Acte constitutionnel, de l’Acte d’union et de la responsabilité ministérielle.
 


La proclamation royale de 1763





La proclamation royale de 1763, la capitulation de Québec et celle de Montréal ont consacré la fin de la Nouvelle-France. Cependant la guerre n'est pas encore terminée en Europe. C'est pour cela que l'Angleterre confie l'administration temporaire du nouveau territoire aux militaires. Cette période intermédiaire dure jusqu'à la signature du Traité de Paris, en février 1763, par lequel la France reconnaît la victoire anglaise et cède aux vainqueurs toutes ses possessions d'Amérique du Nord sauf les Îles de St-Pierre et Miquelon. Celles-ci ne doivent servir que d'abris pour les pêcheurs français, la France ayant conservé un droit de pêche au nord de Terre-Neuve. L'autorité britannique veut prendre le contrôle total de la colonie et assimiler les colons franco-catholiques. La proclamation royale d'octobre 1763, émise par le roi Georges III de Grande-Bretagne afin d'organiser le gouvernement dans les nouveaux territoires qui forment  la colonie britannique de la Province of Quebec, met en place les conditions législatives et réglementaires pour atteindre ces objectifs.  Cette proclamation a une énorme répercussion sur les immigrants français et sur la population autochtone car la couronne britannique devient la seule entité autorisée à gérer les lois et à négocier le transfert des terres des Amérindiens aux colons. Dorénavant la juridiction britannique ne reconnaît que l’anglicanisme comme religion officielle et impose le « serment du test » à tout employé de l’Etat. Ce serment inclus une abjuration de la foi catholique qui exclut de fait presque tous les Canadiens Français des fonctions publiques. Pour donner un visage anglais à la nouvelle Province of Quebec, le gouverneur Murray encourage l'immigration britannique et favorise la création d'écoles protestantes. Cependant, l’assimilation de la population d'origine française reste très limitée car il n'y a que très peu de familles britanniques qui viennent s’installer sur le territoire. Effectivement les colons britanniques potentiels préfèrent s'installer dans les anciennes colonies britanniques où ils retrouvent leur langue et leur culture. Dans les années qui suivent la conquête, le pourcentage de la population canadienne francophone de la nouvelle colonie britannique reste très élevé (95%), poussant à l’échec les ambitions de la proclamation. Le gouvernement autoritaire de Londres qui impose des taxes pour payer les dépenses de la guerre de Sept Ans ne fait qu'accroître les tensions entre colons britanniques et francophones.






Sujets d'étude
  1. Quel pouvoir administre la Nouvelle-France alors vaincue jusqu’en 1763 ?
  2. Quelles sont les conséquences du traité de Paris pour la France ?
  3. Résumez les grandes lignes de la proclamation royale d’octobre 1763 ?
  4. Quelle partie de la population est lésée ?
  5. Définissez le « serment du test ».
L'Acte de Québec 1774

L'Acte de Québec de 1774  survient quatre mois après le Boston Tea party de décembre 1773 et correspond à une réaction au mouvement insurrectionnel qui commence à se faire sentir. Le gouvernement britannique doit tenir compte des aspirations francophones, car les 2000 Britanniques vivant sur le sol de la nouvelle Province du Québec sont noyés dans une mer de 90.000 francophones. Le gouvernement craint que la population francophone largement majoritaire s'allie aux rebelles américains qui eux aussi contestent  de plus en plus le gouvernement autoritaire de Londres. L'Angleterre réfléchit alors à des modifications à apporter à la Proclamation royale qui s'avère impraticable avec la majorité écrasante des francophones dans ce Québec que l'on veut angliciser.

L'Acte de Québec (Lacoursière 1995, t. I : 383-400) instauré par la couronne britannique est une réponse aux agitations des colonies du sud afin de s'assurer la fidélité des Canadiens français dans l'éventualité d'une révolte des treize colonies américaines. Ce compromis garantit la survie des principales institutions et caractéristiques de la population francophone sous le régime britannique de la Nouvelle-France.
La métropole anglaise leur accorde donc:
- le rétablissment du système seigneurial (régime de possession des terres).
- le rétablissement des droits civils français.
- la liberté religieuse pour les colons majoritairement français et catholiques. On accorde à nouveau le droit au clergé de percevoir la dîme.
- un territoire agrandi en lui annexant les régions des Grands Lacs, de l'Ohio et du Labrador.
- l'aboliton du Test.

L'Acte de Québec permet ainsi de protéger les lois et les mœurs françaises et évite aux Britanniques de se frotter à une révolte des Canadiens alors que la révolution américaine se prépare. Lorsque les rebelles américains attaquent la province de Québec en 1775, le clergé et les seigneurs prennent parti pour l'Angleterre. Cependant l'acte de Québec ne peut empêcher l'éclatement de la guerre d'indépendance des treize colonies britanniques s'opposant à leur métropole, la Grande-Bretagne, de 1775 à 1783 et permettant aux États-Unis d'accéder à la souveraineté. La France s'engage dans la guerre d'indépendance par la fourniture de matériel aux insurgés américains, puis, à partir de 1778, par une aide navale et terrestre qui contribue à la victoire américaine. Alors que la Déclaration d'indépendance des États-Unis est proclamée le 4 juillet 1776 par les treize colonies britanniques en Amérique du Nord, les États-Unis obtiennent officiellement leur indépendance du Royaume-Uni qu’en 1783 par le traité de Versailles.


Sujets d'étude
  1. Quelle stratégie met en place Londres avec l’Acte de Québec, pourquoi souhaite t-elle apaiser la majorité francophone ?
  2. Qui prend parti pour l’Angleterre au moment de l’attaque des rebelles américains contre la province de Québec ?
  3. Par quel traité et quand les Etats-Unis obtiennent-ils leur indépendance ?









































 

L'Acte constitutionnel de 1791


L'Acte constitutionnel de 1791 - britannique et non pas américain (The United States Bill of Rights entre en application le 15 décembre 1791 et désigne les 10 premiers amendements à la constitution américaine qui limitent les pouvoirs du gouvernement fédéral et octroient des droits tels que la liberté de la presse, de parole, de religion) - établit le premier gouvernement représentatif au Canada. (Lacoursière 1996, t. II : 9 s.)

Après la défaite britannique, lors de la guerre d'indépendance des États-Unis, 50 000 loyalistes anglophones arrivent dans la Province du Québec et changent le rapport de force avec la population Canadienne française, ce qui conduit à la fondation du Canada anglais (le Haut-Canada) lors de l'acte constitutionnel de 1791 (cf. les cartes de 1784 et de 1791 ci-dessous). Les loyalistes anglophones font pression pour que les autorités britanniques les favorisent et diminuent les avantages concédés aux francophones par l'Acte de Québec.

En divisant le Québec en deux provinces, le Haut-Canada et le Bas-Canada, l'Acte tente à la fois de préserver le caractère français du Bas-Canada et de permettre la prédominance des institutions britanniques dans le Haut-Canada peuplé de Loyalistes, réfugiés dans la province après l’indépendance des colonies américaines et farouchement opposés aux Canadiens français et catholiques. A la base de ce régime figurent dans chaque province une assemblée législative élue par le peuple, puis les conseils législatifs et exécutifs dont les membres sont élus à vie par le roi et « adaptent » les décrets pris par l’assemblée. Un Lieutenant-gouverneur prend ensuite les décisions, supervisé par  le gouverneur général des deux provinces qui représente la couronne et use du droit de veto. Les deux provinces sont soumises au droit criminel anglais. Le Bas-Canada continue cependant d'appliquer le droit civil français alors que le Haut-Canada applique la common law britannique.

Grâce à la volonté de faire des compromis dans les deux provinces, un premier régime parlementaire encore très éloigné d’une démocratie complète est donc institué au Canada. Les inégalités de représentation vont cependant vite créer des conflits entre colons anglais et français. Les premiers se sentant insultés de n’avoir qu’une minorité de députés dans l’assemblée législative du Bas-Canada, et les deuxièmes ayant vite compris combien leurs députés étaient limités par les conseils où siégeaient une grande majorité d’Anglais nommés par Londres. S’ensuivent donc de nombreux conflits qui atteignent leur paroxysme lors de la rébellion de 1837.

Sujets d'étude
  1. D’où viennent les loyalistes qui arrivent dans la province de Québec et qui sont-ils ?
  2. Qui peuple majoritairement la province du Bas-Canada ? Et celle du Haut-Canada ?
  3. Décrivez succinctement les institutions en place dans le nouveau régime.
  4. Quels sont les conflits qui sont à l'origine de la rébellion de 1837 ?






La rébellion des Patriotes de 1837-1838

Quarante ans, transformant la tribune en créneau,
L'homme-type chez nous s'appela Papineau!
Quarante ans il tonna contre la tyrannie;
Quarante ans de son peuple il fut le bon génie,
L'inspirateur sublime et l'âpre défenseur;
Quarante ans, sans faiblir, au joug de l'oppresseur
Il opposa ce poids immense, sa parole;
Il fut tout à la fois l'égide et la boussole;
Fallait-il résister ou fallait-il férir,
Toujours au saint appel on le vit accourir;
Et toujours à l'affût, toujours sur le qui-vive,
Du Canada français il fut la force vive!  (...)

Fréchette, Louis (1887): La légende d'un peuple,
Troisième époque, Papineau, p. 154 s.

Ô Papineau, Viger, patriotes sublimes!
Lorimier, Cardinal, Chénier, nobles victimes!
Qu'êtes-vous devenus, héros cent fois bénis?
Vous qui, sur l'échafaud, portiez vos fronts sans tache?
Vous qui teigniez de sang les murs de Saint-Eustache?
Vous qui mouriez à Saint-Denis?
 
Que ces jours étaient beaux! Phalanges héroïques,
Ces soldats nés d'hier, ces orateurs stoïques,
Comme ils le portaient haut, l'étendard canadien!
Ceux-ci, puissants tribuns, faisaient les patriotes;
Ceux-là marchaient joyeux au devant des despotes,
Et mouraient en disant: C'est bien!

Fréchette, Louis (1866) La Voix d'un exilé, p. 2.

La Canadienne. Hymne de guerre (1837)  PDF (Benedikt Miklos)
Paroles: Édouard Louvet; Paroles originales: Casimir Delavigne (1830); Air: La Parisienne Musique: Daniel-François-Esprit Auber
Avec l'aimable autorisation d'Amelie Buhr, 2008
Chanson (1807)   PDF (Benedikt Miklos)
Air: Yankee Doodle Paroles: Joseph Quesnel; Musique: Richard Shuckburgh
Avec l'aimable autorisation d'Amelie Buhr, 2008 
Sujets d'étude (M. Overmann) Word

Les Patriotes de 1837-38 au Bas-Canada . La bataille de Saint-Denis




DISCOURS PATRIOTIQUE DE LOUIS-JOSEPH PAPINEAU

Le mouvement patriote est un moment phare de l'histoire franco-brittanique. C'est la tentative orchestrée pendant plus de trois décennies pour briser le lien colonial qui maintenait la société bas-canadienne sous le joug de la Grande-Bretagne. C'est sous la direction de son prestigieux dirigeant, Louis-Joseph Papineau, et sous l'inspiration des Révolutions nationales européennes que les patriotes visent à établir une société démocratique, laique et anti-colonialiste sur le modèle républicain en préconisant un futur Etat-Nation, consacré par la pluralité des cultes et s'ouvrant à toutes les ethnies. Le projet propose également l'éducation populaire publique, obligatoire, et l'accès général à la propriété. (Cf. Gérard Bochard, Le rêve patriote, moment phare du passé québécois, Le Devoir, 27 juin 2005).

Depuis l’Acte constitutionnel de 1791, les conflits entre la majorité parlementaire francophone et les Anglophones loyalistes qui souhaitent l’unification des deux provinces sont permanents. Les loyalistes sont ainsi nommés pour leur loyauté envers la monarchie britannique qui va de pair avec le refus de tout compromis avec les francophones. Ils ont en effet, pour une grande majorité, émigré au Canada après la déclaration d’indépendance des colonies américaines, de façon à rester dans un régime éminemment monarchique et britannique.
La rébellion est alors davantage qu’un conflit ethnique. Effectivement les Loyaux auraient provoqué une prise d’armes pour venir à bout des irréductibles Canadiens, comme le suggère jadis déjà  l’historien Maurice Séguin. (Cf. Gilles Laporte Patriotes et Loyaux. Leadership régional et mobilisation politique en 1837 et 1838.)

Les luttes  entre francophones et Loyalistes portent sur les thèmes du bilinguisme, sur le monopole économique des marchands anglais dans les secteurs du bois et des fourrures, sur l’éducation, en bref sur tous les aspects arbitraires d’un système qui favorise évidemment la population britannique et minoritaire de la province. Les parlementaires francophones les plus décidés à combattre l’ordre établi se regroupent dans le Parti des Canadiens dès 1805 avec à leur tête à partir de 1810 le député modéré Louis-Joseph Papineau (1786-1871).

Puissant orateur et personnification de l’ambition nationaliste des Canadiens francophones, Papineau est issu d’une famille bourgeoise de Montréal. Il entame sa carrière politique en 1809 lors de son élection à la Chambre d’Assemblée du Bas- Canada. Dès 1815, il est élu Président de la Chambre et la crise de 1822 le projette au centre de l’actualité. Le parti des Loyalistes ayant envoyé à Londres un projet d’union, Papineau et John Nelson représentants d’une majorité s’y rendent pour le contester. Le projet n’est pas retenu car il causerait trop de troubles dans les provinces et Papineau revient en héros à Montréal alors que son intervention n’est de toute évidence pas le facteur principal du rejet. En 1826 le Parti des Canadiens devient Parti des Patriotes et Papineau y reste très présent malgré des opinions parfois très conservatrices qui l’opposent par exemple à la branche libérale du parti que dirige La Fontaine. Il présente en 17 février 1834 ses « 92 résolutions » à la chambre et réclame un gouvernement entièrement responsable et élu pour le Bas-Canada. Une crise parlementaire commence alors avec des conflits de plus en plus violents entre les partis qui conduisent en 1836 à un blocage complet de la chambre et de la province. Le contexte de crise économique provoqué par la faillite des banques américaines attise encore le conflit qui se propage dans la population.  

Des assemblées populaires se créent alors autour des meneurs du Parti des Canadiens. Papineau y  plaide pour un mouvement populaire et non armé, il encourage la population à boycotter tous les produits anglais et les magistrats canadiens à démissionner. Le mouvement de rébellion sort du cadre citadin de Montréal et s’étend dans la province où les assemblées se multiplient. Le 23 octobre 1837 à Saint-Charles sont réunies 5000 personnes autour de Papineau et de Wolfred Nelson. Le clergé, prenant conscience de l’ampleur du mouvement, se range alors du côté des anglais par peur d’une révolution et le gouvernement ordonne l’arrestation des chefs patriotes. Les combats armés commencent alors. 

Les armes sont distribuées du côté anglophone grâce à la milice du Doric Club et les Patriotes francophones en font de même avec des groupes comme « les Fils de la Liberté » qui se lancent dans le combat dès le 6 novembre 1737. L’armée intervient rapidement afin de ramener l’ordre et pousse les Patriotes à se retrancher à la fin novembre à Saint-Denis où ils connaissent une victoire de courte durée, puis à Saint-Charles où ils sont écrasés. 

La dernière bataille est livrée au nord de la province, dans le village de Saint-Eustache, le 14 décembre 1837. Les 200 patriotes présents se trouvent rapidement isolés dans l’église et 
« ce fut là le commencement de la brûlerie des troupes qui a fait nommer le général Colborne à juste titre le Vieux Brûlot » (propos de Jacques Paquin, dans Gilles Boileau 1998: 196). Les Patriotes y périssent, tandis que le village et sa région sont entièrement détruits par les troupes anglaises. Saint-Eustache représente, au moment des faits et même pour un officier britannique, « le tableau horrible des horreurs d’une guerre civile ». (Boileau 1998: 177).

La politique de terreur réussit et la population patriote s’effondre tandis que les chefs de la rébellion s’enfuient aux Etats-Unis et tentent, en 1838, de conquérir l’indépendance de la province. Les idéaux de la déclaration d’indépendance des Patriotes Robert Nelson et Cyrille-Octave Côté (député patriote de l’Acadie) faite à Noyan le 28 février 1838 impliquent: "une révolution sociale (abolition du régime seigneurial et des privilèges des seigneurs afin de garantir le bien-être de la majorité paysanne), une révolution nationale (rupture avec le colonialisme et l’impérialisme britannique par l’indépendance nationale du Bas-Canada (nom du Québec à l’époque), une révolution démocratique (abolition de la monarchie et proclamation de la république, suffrage universel, reconnaissance des autochtones comme citoyens à part entière). La lutte des femmes pour une égalité de fait, dans le respect des différences, est la dimension contemporaine qui s’ajoute à ces principes fondamentaux." (Rousseau 2005)

A la tête de ces révoltés se trouve le général proclamé et futur président de la république du Bas-Canada Robert Nelson (frère de Wolfred). S’ensuivent des combats perdus d’avance face à une armée bien préparée et renforcée, et une répression sanglante de la part des milices anglo-protestantes qui s’acharnent sur la population civile, patriote ou non. Papineau, dont la tête est mise à prix dès 1836, s’exile en Amérique puis en France. Il est  amnistié et réélu au Parlement du Canada Uni en 1848 puis déchu en 1854.

Louis Joseph Papineau reste une figure héroïque de la rébellion malgré un conservatisme affirmé, illustré par son refus de signer la déclaration d’indépendance du Bas-Canada en 1837, car celle-ci préconisait l’abolition du droit seigneurial. Il est même qualifié de « poltron déserteur » par certains membres de la branche révolutionnaire du parti après sa fuite en 1837 et son refus de continuer la lutte en 1838. Selon Denis Monière (1977) c’est seulement sous la pression des luttes politiques que Papineau a été amené à radicaliser ses positions. Au début de sa carrière il aurait même admiré les institutions politiques britanniques et considéré le lien colonial avec l’Angleterre comme bénéfique pour les Canadien français.


« Pour les vaincus de 1759, l'échec de la contestation est grave de conséquences. La répression, le pillage, les incendies et les meurtres commis par les troupes britanniques vont refouler pendant plus d'un siècle les espoirs d'émancipation nationale » (Monière 1998) et la population patriote quant à elle se retranche davantage dans une idéologie de la survivance, c'est-à-dire dans la soumission, la religion, l’agriculture et le conservatisme. Effectivement la défaite militaire des Patriotes renforce à nouveau le sentiment de perte et d'abandon après un ultime effort de révolte, et le traité d'union de 1840 est considéré comme le renouvellement de la Conquête de 1763.

 

Les martyrs de 1839: L'exécution des insurgés devant la prison de Montréal.
(Dessin d'Henri Julien, Archives Nationales du Canada)

Sujets d'étude
  1. Quelles sont les caractéristiques et les visées du mouvement patriote ?
  2. Sur quels points portent les luttent entre Francophones et Loyalistes ?
  3. Quel lien unit le « Parti des Canadiens » au « Parti des Patriotes » ?
  4. Quel est le rôle de la milice du « Doric Cluc » et de celle des « Fils de la liberté » ?
  5. Quelle est la dernière bataille livrée en 1837 ?
  6. Quels sont les trois aspects révolutionnaires de la déclaration d’indépendance des patriotes de 1938 ?
  7. Énumérez les conséquences de la défaite de 1838 pour les Patriotes et pour la population du Bas-Canada en général.
  8. Travail de synthèse : à l’aide des informations contenues dans le texte et dans les annexes du site, rédigez en quelques lignes une biographie de Louis-Joseph Papineau.

« On ne peut guère concevoir de nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que celle que présentent les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont conservé leur langue et leurs coutumes particulières. Ils sont un peuple sans histoire et sans littérature.. » (Durham)

Voilà comment ont été qualifiés les Canadiens français qui réclamaient une république canadienne française indépendante. Face à la répression, l’humiliation et aux menaces d’assimilation naît et se développe le courant patriotique, dont le grand maître est Octave Crémazie (Lemire, Maurice, dir., 1996: La Vie littéraire au Québec. Tom 3: 1840-1869. Presses de l'Université Laval).


         Le Canada

        Il est sous le soleil une terre bénie,
        Où le ciel a versé ses dons les plus brillants,
        Où, répondant ses biens la nature agrandie
        A ses vastes forêts mêle ses lacs géants.

        Sur ces bords enchantés, notre mère, la France,
        A laissé de sa gloire un immortel sillon,
        Précipitant ses flots vers l'océan immense,
        Le noble Saint-Laurent redit encor son nom.

        Heureux qui la connaît, plus heureux qui l'habite,
        Et, ne quittant jamais pour chercher d'autres cieux
        Les rives du grand fleuve où le bonheur l'invite,
        Sait vivre et sait mourir où dorment ses aïeux.

        (Octave Crémazie, Le Passe-temps, 1902)


Un Canadien errant,
Banni de ses foyers,
Parcourait en pleurant
Des pays étrangers

Gérin-Lajoie, Antoine (1842),
Complainte du Canadien errant

Ô terre des aïeux! ô sol de la patrie!
Toi que mon coeur aimait avec idolâtrie,
Me faudra-t-il mourir sans pouvoir te venger!
Hélas! oui; pour l'exil, je pars, l'âme souffrante,
Et, giaour errant, je vais planter ma tente
Sous le soleil de l'étranger.

Fréchette, Louis (1866) La Voix d'un exilé, p. 11.
Cf. aussi Louis Fréchette (1887): La légende d'un peuple, Troisième époque, p. 146-208.




  Extraits du rapport Durham (1838)


Le Rapport sur les affaires de l'Amérique du Nord britannique, plus connu sous le nom de Rapport Durham du nom de son auteur, est un document important de l'histoire franco-canadienne. Nommé gouverneur général du Canada après le soulèvement de 1837 et chargé des pouvoirs spéciaux de haut-commissaire de l'Amérique du Nord britannique, Lord Durham (1782-1840) est envoyé aux Canada en 1838 pour faire une enquête sur les causes des rébellions de 1837-38. Avant de partir pour le Canada il s'entretient avec des marchands britanniques qui se plaignent du pouvoir politique détenu par les Canadiens français du Bas-Canada, déclarant que les Français nuisent à leurs intérêts économiques. Muni de vastes préjugés  quant aux Canadiens français, Durham découvre au Bas-Canada deux nations en guerre au sein d'un même État. Il faut préciser toutefois que les Canadiens français forment la majorité de cet "ancien" Canada pré-confédéré, mais que leur pouvoir était quasi nul dans un système parlementaire truqué, car dominé par les Britanniques.

Dans son rapport, rendu public en 1839, Durham recommande la réunification du Haut-Canada et du Bas-Canada, l'accélération de l'immigration britannique afin que la population anglophone devienne majoritaire,  l'assimilation linguistique et culturelle et suggère clairement de sacrifier les Canadiens français, jugés inférieurs, aux exigences de l'Empire britannique. Venant après la défaite des Patriotes, le rapport Durham est accueilli chez les Canadiens français par un profond sentiment de découragement collectif.


"Les institutions de la France durant la période de colonisation du Canada étaient, peut-être, plus que celles d'aucune autre nation européenne propres à réprimer l'intelligence et la liberté de la grande masse du peuple.
Ces institutions suivirent le colon canadien au-delà de l'Atlantique. Le même despotisme central, mal organisé, stationnaire et répressif l'opprima. Non seulement on ne lui accorda aucune voix dans le Gouvernement de sa province ou dans le choix de ses gouvernants, mais il ne lui était même pas permis de s'associer à ses voisins pour la régie de ces affaires municipales que l'autorité centrale négligeait sous prétexte de les diriger.
Il obtenait ses terres d'après une tenure remarquablement calculée pour augmenter son bien-être immédiat et pour entraver son désir d'améliorer sa condition; il fut placé à la fois dans une vie de travail constant et uniforme, d'un grand confort matériel, et de dépendance féodale. L'autorité ecclésiastique à laquelle il avait été habitué établit ses institutions chez lui; et le prêtre continua à exercer sur lui son ancienne influence.
Aucune disposition générale ne fut prise en faveur de l'instruction; et comme la nécessité n'en était pas appréciée, le colon ne fit aucun effort pour réparer la négligence de son Gouvernement. [...]
Ils s'attachèrent aux anciens préjugés, aux anciennes coutumes et aux anciennes lois, non pas à cause d'un fort sentiment de leurs effets avantageux mais avec la ténacité irraisonnée d'un peuple ignare et stationnaire. [...]
Loin de moi le désir d'encourager aveuglement ces prétentions à la supériorité chez aucune race en particulier; mais tant que la plus grande partie de chaque région du continent américain sera encore indéfrichée et inoccupée et tant que les Anglais montreront une activité si constante et si marquée pour la colonisation, il sera vain de s'imaginer qu'il existe une partie quelconque de ce continent où cette race ne pénétrera pas et où, quand elle y aura pénétré, elle ne prédominera pas.
Ce n'est qu'une question de temps et de mode; il ne s'agit que de décider si le petit nombre de Français qui habitent présentement le Bas-Canada seront anglicisés sous un Gouvernement qui peut les protéger; ou si l'opération sera retardée jusqu'à ce qu'un plus grand nombre ait à subir, sous la violence de ses rivaux sans frein, l'extinction d'une nationalité renforcée et aigrie par une existence prolongée.
Et cette nationalité canadienne-française, en est-elle une que, pour le simple avantage de ce peuple, nous devrions chercher à perpétuer, même si c'était possible?
Je ne connais pas de distinction nationale marquant et continuant une infériorité plus désespérée. La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais; et toute autre race que la race anglaise (j'applique ce mot à tous ceux qui parlent la langue anglaise) y apparaît dans un état d'infériorité.
C'est pour les tirer de cette infériorité que je désire donner aux Canadiens notre caractère anglais. [...]
On ne peut guère concevoir de nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que celle que présentent les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont conservé leur langue et leurs coutumes particulières.
Ils sont un peuple sans histoire et sans littérature.
La littérature d'Angleterre est écrite dans une langue qui n'est pas la leur; et la seule littérature que leur langue rend familière est celle d'une nation dont ils ont été séparés par quatre-vingts ans de domination étrangère et encore plus par ces changements que la Révolution française et ses conséquences ont opérés dans tout l'état politique, moral et social de la France. [...]
Je crois qu'on ne peut rétablir la tranquillité qu'en assujettissant la Province à la domination vigoureuse d'une majorité anglaise; et que le seul gouvernement efficace serait celui qui serait formé par une union législative."

SOURCE: DURHAM, Lord. Rapport sur les affaires de l'Amérique du Nord britannique (1839), traduit et reproduit sous le titre Rapport Durham, Montréal, Les Éditions Sainte-Marie, 1969.

Sujets d'étude
  1. Qui est Lord Durham et dans quel but est-il envoyé au Canada ?
  2. Quelles sont les recommandations que Durham propose dans son rapport ?
  3. Résumez le portrait que Durham dresse du Canadien français.
  4. Quel sens donne l’auteur au terme « race » dans cet extrait ?


L'Acte d'Union de 1840


L'Acte d'Union de 1840 - L'analyse des causes des rebellions de 1837 faite par Durham, a mené à l'Acte d'union sanctionné le 23 juillet 1840 par la reine Victoria.
Après la rébellion de 1837-1838 et à la suite du rapport Durham spécialement envoyé au Canada pour analyser les causes de la rébellion, l'Acte d'union réunit le Bas et le Haut-Canada sous un même gouvernement. Durham avait pensé au départ que les conflits entre Anglophones et Francophones étaient d'ordre politique, entre libéraux et conservateurs, mais il vient à conclure que les troubles du Bas-Canada sont principalement dus à la présence de deux groupes ethniques complètement différents vivant dans la même région. Pour limiter le pouvoir des Canadiens français il recommande de réunifier les deux Canadas.  Bien que la population du Canada de l'Est (maintenant le Québec) soit la plus importante, le Canada de l'Ouest (maintenant l'Ontario) se voit accorder une représentation égale à la nouvelle assemblée législative. Les dettes sont consolidées favorisant le Canada de l'Ouest. Le français est banni par la législation comme langue d'usage officiel du gouvernement, et les institutions canadiennes françaises liées à l'éducation et au droit civil sont suspendues. Bon nombre des luttes politiques des vingt années suivantes portent sur les dispositions de l'Acte d'union qui devient la principale source de l'instabilité politique qui règne dans le Canada-Uni jusqu'en 1867.

Sujets d'étude
  1. Enumérez les différentes clause de l'Acte d'Union.
  2. Qui sanctionne cet Acte?
  3. Quelle partie de la population canadienne se trouve lésée ?



 L'Acte de l'Amérique du Nord britannique et la création du Canada

(Loi constitutionnelle de 1867)



Cartes tirées de l'Atlas national. © Ressources naturelles Canada. Reproduction autorisée par le Ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada. Source : Site Web (http://atlas.nrcan.gc.ca/site/francais/index.html).


Depuis l'Acte d'Union, les conflits entre les Canadiens français et les Canadiens anglophones n'ont jamais cessé et ils amènent des problèmes politiques et économiques de plus en plus graves.
L'effectif de la population canadienne fran
çaise augmente de plus en plus et les Anglais ne parviennent pas à les assimiler. Les décisions politiques ne peuvent pas être appliquées parce que l'opposition est toujours très forte et  les gouvernements successifs, tous minoritaires, ne satisfont ni les Francophones ni les Anglophones. Sur le plan économique, le Canada prend de plus en plus de retard par rapport aux États-Unis parce que la politique colonialiste des autorités britanniques favorise la production de biens manufacturés dans la métropole.

La solution adoptée est de diviser le Canada en deux provinces où les Anglophones et les Francophones seraient majoritaires dans leur province respective
(Québec / Ontario) et de joindre ces deux provinces à deux autres colonies britanniques, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. En 1867, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (aujourd'hui la loi constitutionnelle de 1867) crée le nouveau dominion du Canada, assurant ainsi un environnement économique et social favorable au développement du pays. L'essor économique est favorisé aussi par la création d'une ligne de chemin de fer reliant les provinces d'est en ouest.

La loi constitutionnelle crée un État fédéral dont les pouvoirs sont distribués à deux ordres de gouvernement. Les autorités fédérales ont le pouvoir d'établir des lois assurant en tout temps la paix, l'ordre et un bon gouvernement à tous les canadiens, qu'il s'agisse de commerce ou encore de divorce. Les provinces reçoivent des compétences dans des secteurs particuliers comme l'éducation et tous les secteurs qui ne relèvent pas du fédéral. L'Acte de l'Amérique du Nord est demeuré le principal document constitutionnel jusqu'à ce qu'il soit modifié et renommé en 1982.

John A. Macdonald fut l'un des principaux auteurs de la Loi constitutionnelle et le premier des Premiers Ministres du Canada.


Sujets d'étude

  1. Dans quelle situation politique se trouve le Canada après l’Acte d’Union ?
  2. Que désigne le terme « métropole » (1er paragraphe) ?
  3. Quel type d’Etat établit l’Acte de l’Amérique du Nord ?
  4. Quel rôle joue alors John A. Macdonald ?






Félix Leclerc
Le chant d'un patriote, Clip

Demain, je pars pour la guerre
Avec mon grand chien qui aboie,
Des cailloux plein la gibecière
Et à mon côté gauche, le droit.

Je vais tuer sa majesté
Qui dit m'attendre, qui dit m'aimer.
Cent fois par jour, elle me trahit.
On doit mourir quand on trahit.
 
Je suis seul de mon équipage.
Les gens d'ici sont peu violents
Parce qu'ils ont viande sous la dent
Et ventre plein n'a pas de rage.

J'ai dans mon sac quarante-cinq tours,
Chansons, lacets, magie, vautours.
Je me prépare à cette guerre
Depuis l'esclavage de mon père.

Mes généraux sont des rivières
Et mon état-major, le vent.
C'est lui qui me tient au courant
Des mauvais coups qu'on va me faire.

Majesté, je suis devant vous,
Sujet sans terre et sans abri.
Vos étrangers nous ont tout pris.
J'ai l'arme au poing, défendez-vous.

Avant d'atteindre la colline,
Avant de crier : « Feu ! Vas-y ! »,
On m'aura fait plier l'échine.
Je suis un pou dans ce pays.

En même temps, je suis un géant
Qui a bâti, géant soumis,
Qui a dormi et dort encore.
Pourtant, pourtant il est midi

Et si demain, mains dans les fers,
Vous me rejetez à l'exil,
Quelqu'un viendra finir ma guerre,
Peut-être vot' fils, ainsi soit-il.

Quelqu'un viendra gagner ma guerre,
Peut-être vot' fils, ainsi faut-il.

 
Félix Leclerc – Daniel Boucher





Le XXe siècle

 
4.1. La grande dépression et la Deuxième Guerre mondiale 1929-1945
 

La décennie 1930 s’amorce avec une des plus graves crises économiques de l’histoire mondiale et s’achève par un conflit international. Le Québec se trouve bien malgré-lui entraîné dans ces deux événements qui vont profondément modifier son profil économique, politique et social.

Le Canada connaît dès le XIXe siècle une évolution rapide de son économie, avec un secteur industriel qui se développe rapidement et un secteur agricole qui se modernise. Cette évolution est cependant grandement liée aux Etats-Unis tout proches qui investissent énormément dans l’économie canadienne. Lorsque le Krach boursier de 1929 survient, après une spéculation effrénée dans les années précédentes et des licenciements toujours plus nombreux du fait de la baisse de la consommation, le Québec est touché directement et très rapidement. Les banques perdent confiance et retirent leurs investissements dans les entreprises, les gros investisseurs privés sont ruinés et les petits épargnants, bien que moins nombreux qu’aux Etats-Unis, se retrouvent les poches vides. Un bon nombre d’entreprises ferment leurs portes, produisant un taux de chômage de 25% au Canada en 1933, tous les salaires sont revus à la baisse, et le seul secteur qui fonctionne encore vraiment est celui de l’or, seule valeur sûre en temps de crise. Au Québec, une travailleuse ou un travailleur sur trois est au chômage et l'assurance-chômage ou la sécurité sociale n'existent pas encore. Malgré cette grande dépression, la chanteuse Bolduc recommande la modération:

Ça va venir, découragez-vous pas
La Bolduc (Marie Travers) (1935)

Mes amis, je vous assure que le temps est bien dur,
Il faut pas se décourager ça va bien vite commencer:
De l'ouvrage y va en avoir pour tout le monde cet hiver,
Il faut bien donner le temps au nouveau gouvernement.

Cependant le produit national brut du Canada ne dépasse celui de 1929 qu'en 1940. Des évolutions dans la vie sociale des Canadiens sont remarquables pendant la crise: les femmes sont encouragées à laisser leur place au travail au chef de famille avec l’approbation naturelle de l’Eglise, le syndicalisme s’effondre (pourquoi garder un ouvrier revendicatif quand des centaines de chômeurs attendent du travail devant l’usine), les « soupes populaires » et la misère fleurissent. Le monde du travail ne suit donc pas la même radicalisation des syndicats qui se déroule en Europe à la même époque, mais subit la crise, en particulier au Québec ou à défaut de  mouvements de révoltes, des solidarités familiales et religieuses apparaissent. Il faut ici attendre le déclenchement des conflits en 1939 et un certain retour à la prospérité pour voir surgir les revendications.

Le monde agricole est lui aussi durement touché par la baisse de la demande de main d’œuvre liée à la mécanisation. Un phénomène unique se produit pourtant : le retour à la terre. Devant le chômage qui ne se résorbe pas, le gouvernement provincial du Québec et le gouvernement fédéral avec l’appui du clergé encourage de nouveaux « colons » à aller « faire de la terre », c’est-à-dire à défricher des terres encore inexploitées. Les plans Gordon (1932) et Vautrin (1935) sont ainsi mis en place pour subventionner le départ de ces nouveaux colons, mais cette initiative ne s’avère pas fructueuse et bien des colons quitteront  leur terre sitôt la prospérité revenue. L’intervention du gouvernement Taschereau au Québec se limite quasiment à cette initiative, laissant l’économie résoudre seule ce qu’elle a créé et aux communautés religieuses le soin de nourrir et de soigner ceux qui n’ont plus rien. L’élection en 1936 de Duplessis à la tête d’un gouvernement d’Union Nationale  déçoit les Québécois, et tandis que le Premier ministre Bennett tente d’instaurer au niveau fédéral une politique interventionniste, avec par exemple une assurance-chômage ou encore un salaire minimum, le conseil privé de Londres invalide toutes ces mesures.

Alors que la culture élitiste prédomine le paysage et ne s’adresse qu’à une minorité, la production en masse de radios et la diffusion du cinéma créent une culture de masse et populaire dans les années 20 en Amérique du Nord. Cet essor reste présent pendant la crise et la deuxième guerre mondiale. Les concerts classiques à destination des plus instruits sont ainsi de plus en plus présents sur les ondes tandis qu’apparaissent les premiers « radio- romans » et la concurrence des chansons populaires de la Bolduc. L’art moderne éclos enfin et sort de son carcan religieux pendant que le cinéma, parlant depuis 1928, s’américanise de plus en plus (seuls les films américains parviennent au Québec pendant la guerre). La littérature quant à elle souffre toujours du manque de bibliothèques et en général d’intérêt au Québec. Elle réussit cependant à s’urbaniser et à quitter le cocon agricole et religieux.  

Après les accords de Westminster en 1931, le Canada dispose d’une indépendance politique par rapport à l’Angleterre. Lorsque les conflits éclatent en septembre 1939 et que l’Angleterre s’engage aux côtés de la France contre l’Allemagne nazie, la question de la participation du Canada dans ce conflit «Européen » se pose. L’intérêt commercial du Canada est évident, fournir le matériel militaire à l’Angleterre signifie sans doute une relance de l’économie et le gouvernement s’engage donc en tant que membre du Commonwealth à soutenir l’Angleterre. La mobilisation humaine quant à elle reste problématique. La conscription lors de la première guerre mondiale a déjà été la cause de nombreux troubles, le gouvernement fédéral décide donc de se tenir à une mobilisation volontaire. Devant le peu de candidats, l’enregistrement des hommes valides devient ensuite obligatoire, dans un premier temps pour défendre le Canada seulement et le Premier ministre Mackenzie King promet aux Canadiens Français de ne pas imposer la conscription. La situation de la province du Québec diffère quelque peu de celle des autres provinces. La question de sa participation au conflit est envisagée sur le plan politique et pas seulement économique ; pourquoi soutenir l’Angleterre alors qu’elle est encore perçue ici comme une puissance colonialiste et impérialiste plus que comme un pays allié ? La déclaration de guerre ne provoque dans les premiers temps que peu de réactions au Québec qui profite comme toutes les provinces d’une relance fulgurante de l’économie et supporte de ce fait de devoir se plier au régime de la Loi des mesures de guerre.

Dès 1941, l’évolution des conflits force l’Angleterre, seul bastion européen de la lutte antifasciste, à faire pression sur  les Etats du Commonwealth pour obtenir plus d’hommes. Mackenzie King manœuvre alors très habilement, il soumet en 1942 à tous les Canadiens un plébiscite et demande à la population l’autorisation de revenir sur sa promesse de 1939 aux Canadiens français. Le Québec refuse toujours la conscription et vote contre à 71,2% tandis que les autres provinces se prononcent pour à 80%. Le Premier ministre peut ainsi envoyer 16 000 hommes au front tout en évitant un conflit direct avec le Québec. Les traces de ce premier conflit sérieux entre le fédéral et le provincial et plus encore entre Francophones et Anglophones ont cependant de fortes résonances, notamment sur le nouvel échiquier politique québécois de l’après-guerre et sur l’évolution des tendances indépendantistes et souverainistes des gouvernements suivants.


Sujets d'étude
  1. Résumez les conséquences du Krach boursier de 1929 ?
  2. Marie Travers emploi le mot « ouvrage », donnez un synonyme plus moderne et courant pour le remplacer.
  3. De quelle façon est touché le monde du travail par cette crise ?
  4. Qu’est-ce que le « retour à le terre » ?
  5. Quelle évolution paradoxale connaît le domaine culturel pendant la crise ?
  6. Pourquoi le Québec hésite-t’il à envoyer ses hommes sur les fronts de la Deuxième Guerre Mondiale ?

Le Québec dans la tourmente

J’parl’ pour parler… Ça je l’sais bien

Mêm’ si j’vous cassais les oreilles,

La vie rest’ra toujours pareille

Pour tout ceux que c’est un’vie  de chien


J’parl’ pour parler pas rien qu’pour moi

Mais pour tous les gars d’la misère ;

C’est la majorité su’tere

J’prends pour eux autr’s, c’est ben mon droit


J’parl’ pour parler… j’parl’ comm’ les gueux

Dans l’espoir que l’bruit d’mes paroles

Nous engourdisse et nous r’console

Quand on souffre, on se s’soign’ comme on peut
 

Je parl’ pour parler…ça changera rien !

Vu qu’on est pauvres, on est des crasses

Aux saints yeux des champions d’ la Race

Faut d’l’argent pour être « homm’ de bien »
 

J’parl’ pour parler…j’parl’ franc et cru
Parc’ que moi, je parl’ pas pour rien dire

Comm ceux qui parl’nt pour s’faire élire

S’ils parlaient franc, ils s’raient battus
 

J’parle pour parler…Si j’me permets

De dir’ tout haut c’que ben d’autr’s pensent,

C’est ma manièr’ d’prendr’leur défense :

J’parl’pour tout ceux qui parl’nt jamais !
 

J’parl’ pour parler…Si, à la fin

On m’fourre en prison pour libelle,

Ca mes vieux , ça s’ra un’nouvelle !

L’pays f’rait vivre un écrivain !

Emile Coderre (1893-1970), poète connu sous le nom de Narrache, a publié ce poème sur la misère des démunis en 1939.
Tiré de L. Mailhot et P. Nepveu (1996): La poésie québécoise. Des origines à nos jours. Montréal: Editions Typo: 152-153.




4.2. Les années Duplessis et la « grande noirceur » (1945-1960)

La grande noirceur débute avec la Crise économique et se termine avec la Révolution tranquille. Le terme, controversé certes, décrit l'atmosphère politique et sociale des années duplessistes qui incarnent l'idéologie de conservation héritée du XIXème siècle. Si cette idéologie a permis d'assurer la survivance, elle a pourtant étouffé les éléments progressistes et mis un frein au développément du Canada français.

Après la Deuxième Guerre mondiale s’ouvre la période des 30 glorieuses (1945-1975) dans le monde occidental industrialisé. Elle se caractérise par une forte prospérité économique et des mesures sociales progressistes. Le Canada n’échappe pas à cette tendance et le mode de vie de ses habitants évolue très rapidement, à l’image du mode de vie américain. Le revenu par habitant augmente de 70% au Québec entre 1944 et 1964 et ce sans inflation importante, le niveau de vie augmente donc réellement. L’activité économique y est effectivement florissante mais la vie politique provinciale est dominée par un fort traditionalisme social et politique, avec à sa tête le parti  d’Union Nationale et son chef charismatique Maurice Duplessis (1890-1959).

Sur le plan économique, la province de Québec connaît un développement industriel majeur grâce aux investissements étrangers et surtout aux investissements états-uniens. Les entreprises nord-américaines s’installent en effet dans la province avec des avantages fiscaux accordés par le gouvernement Duplessis, et considèrent le Québec comme la meilleure source de matières premières. Certains Québécois ont cependant l’impression que le gouvernement vend leur terre aux entreprises minières. Il faut noter que le plein emploi ne sera tout de même pas atteint et que les plus favorisés par le développement industriel restent les canadiens anglophones. Montréal est ainsi détrônée par Toronto comme capitale financière, bien qu‘elle concentre une grande partie des entreprises au détriment des villes de région. L’agriculture quant à elle est dynamisée par l’essor économique mais elle souffre de la forte concurrence des prix qui pousse les petits paysans à l’exode rural, tandis que les plus gros mécanisent leurs exploitations et peuvent ainsi se passer de main d’œuvre.

Sur le plan politique, la période duplessiste correspond à une domination des libéraux dans le régime fédéral canadien qui se maintiennent au pouvoir jusqu’en 1957 soutenus par les canadiens francophones. C’est du fédéral que proviennent les premières mesures sociales au Canada avec le programme d’allocation familiale (voté en 1944), l’assurance-chômage instaurée en 1940 ou encore la Société centrale d’hypothèque et de logement en 1946. Cette prépondérance du fédéral sur le provincial crée par ailleurs des tensions entre le Québec et le gouvernement fédéral.


En 1944 est élu Premier ministre du Québec l’autoritaire Maurice Duplessis, à la tête du parti d’Union National. Son premier mandat (1936-1939) n’a pas été concluant, mais l’Union nationale met en place un système de patronage (favoritisme envers certains acteurs de la vie économique qui soutiennent le parti), qui assure à Duplessis de futures victoires électorales. Les positions autonomistes de Duplessis et son opposition à l’ingérence fédérale lui attirent de plus les faveurs populaires.


Le Premier ministre applique cependant son conservatisme économique aux affaires sociales et refuse par exemple de légiférer en matière de droit du travail ou encore de moderniser le système scolaire, toujours aux mains des religieux et qui accuse un retard certain dans l’enseignement supérieur notamment. Devant la volonté populaire d’obtenir une assurance maladie, il déclare même « La meilleure assurance contre la maladie, c’est la santé ». Les besoins croissants crées par le Baby Boom ne trouvent donc pas d’écho tandis que la population Québécoise passe de 4 millions à 5millions en seulement 10 ans (1951-1961) et n’aspire qu’à entrer elle aussi dans l’american way of life.


La politique autonomiste développée par le gouvernement est également très conservatrice. Basé sur l’idée d’une société distincte, Duplessis définit le Québec comme catholique et francophone, laissant peu de place à la différence. Son gouvernement adopte en 1948 le Fleurdelisé comme drapeau du Québec, mais son principal combat dans ce domaine est le retour du pouvoir de taxation dans les prérogatives provinciales (le fédéral avait acquis ce pouvoir pendant la Deuxième Guerre mondiale). Il obtient gain de cause en 1953 après un ultimatum lancé au Premier ministre fédéral Saint Laurent, et donne ainsi une forme plus concrète à l’autonomie provinciale.

L’opposition au conservatisme duplessiste existe pendant toute la période mais elle n’est pas suffisante pour renverser le Premier ministre, qui reste en place jusqu’à son décès en septembre 1959. Elle se manifeste avant tout par les syndicats ouvriers que Duplessis méprise et les grèves importantes qui suivent celle de l’amiante (février à juillet 1949), mais aussi au travers des intellectuels et de la jeunesse étudiante. Ils luttent contre la censure imposée au cinéma par exemple, ou encore contre la répression mise en place contre les témoins de Jéhovah et les communistes (rappelons qu’aux Etats-Unis se déroule alors le Maccartisme et sa chasse aux sorcières). Certains membres du clergé s’allient parfois même aux syndicats ouvriers. La masse populaire quant à elle opère un changement de son mode de vie qui va de toute évidence à l’encontre du régime en place. Plus urbaine elle se détache progressivement de l’Eglise et aspire à un confort au quotidien de même qu’à des avantages sociaux. Cette nouvelle distance avec l’Eglise catholique et le conservatisme qu’elle impose se traduit par une baisse de la pratique religieuse mais aussi par des publications. Ainsi peut-on lire en 1950 dans la revue Cité libre que «  le catholicisme []  est , non pas proposé, non pas enseigné, mais imposé, infligé, asséné. [] Meurs ou crois : voilà bien où nous en sommes encore » (Lacoursière, Jacques (2002): Une histoire du Québec. Siollery: Septentrion: 162).

Le terme de « grande noirceur » souvent associé à cette période duplessiste est donc à remettre en question. L’aspect sombre de ses 15 années réside dans l’autoritarisme de son meneur et dans sa manière de s’imposer, mais il serait délicat de nier la prospérité économique et l’envole du niveau de vie de ces années qui sont en fait des « années d’impatience » devant des réformes et des mesures qui tardent à se mettre en place au Québec, comme nous le montre la révolution tranquille qui s’opère dès 1960.

Sujets d'étude
  1. Que sont les « 30 glorieuses » ?
  2. Qui favorise le développement industriel du Canada ? Quelle partie de la population est avantagée par cette évolution ?
  3. Quelles avancées sociales impose le gouvernement fédéral ?
  4. Qui est Maurice Duplessis ?
  5. Donnez les grandes lignes de la politique duplessiste.
  6. Qui sont les opposants au gouvernement de Duplessis ?
  7. Pourquoi le terme de « grande noirceur » doit être nuancé ?

 Pour approfondir: « Duplessis et la grande noirceur ». Magazine Histoire Québec, 2000, Vol. 5, no.3. Sommaire




4.3. Révolution tranquille et nationalisme (1960-1975)


« Chaque peuple voudrait, autant que faire se peut, se différencier, justement parce que, dans ce courant plus ou moins homogénéisant qui parcourt le monde, et qui est accentué par des facteurs techniques et économiques, chaque identité sent le besoin de s’affirmer pour éviter de disparaître. » (René Lévesque, 1978.)

«L'expression Quiet Révolution, employée pour la première fois par un journaliste du quotidien torontois Globe and Mail pour décrire les changements amorcés au Québec après 1960, est vite reprise en français par les leaders politiques et les intellectuels et se charge d'un contenu symbolique considérable. Les nombreux auteurs qui ont écrit à ce sujet ne s'entendent ni sur la définition du vocable, ni sur la période à laquelle il s'applique. Au sens strict, la Révolution tranquille désigne habituellement la période de réformes politiques, institutionnelles et sociales réalisées entre 1960 et 1966 par le gouvernement libéral de Jean Lesage. [...] Au sens large, l'expression est aussi utilisée pour caractériser l'ensemble des décennies 1960-1970, marquées par le triomphe du néo-libéralisme et du néo-nationalisme et par une remarquable continuité dans les orientations des divers gouvernements qui se succèdent à Québec.»
(René DUROCHER, Paul-André LINTEAU, François RICARD et Jean-Claude ROBERT, Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1986, p. 393)

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La période qui débute en 1960 avec la défaite de l'Union nationale et la victoire du Parti libéral dirigé par Jean Lesage (1960-1966) est la plus féconde de l’histoire du Québec. Constituée de réformes politiques, économiques et sociales importantes, elle est souvent appelée Révolution tranquille car ces transformations parfois radicales se déroulent dans un cadre démocratique et sans violence. Cette révolution est en effet issue de consensus, trouvés entre conservateurs et progressistes après la longue période duplessiste, marquée par la religion, la vente de ressources naturelles aux Américains, le patronage et l'antisyndicalisme ou encore la loi du Cadenas (loi protégeant la province contre la propagande communiste, 1937) déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême du Canada en 1957.

Sous le gouvernement de l'Union nationale, l'Eglise, en étroite collaboration avec le gouvernement, use de son influence pour convaincre les citoyens de la nécessité de préservation du gouvernement conservateur de Maurice Duplessis, qui prend, en outre, des mesures contre les réformes sociales et le syndicalisme. Après la mort de Duplessis en 1959, et les courts mandats de ses successeurs, arrivent au pouvoir en 1960 les libéraux et leur premier ministre Jean Lesage qui forment une « équipe du tonnerre » de réformistes (Lacoursière, Jacques (2002) : Une histoire du Québec. Sillery : Septentrion :167) dont font partis les quatre "L", c'est-à-dire René Lévesque (responsable de la nationalisation de l'électricité), George-Emile Lapalme (auteur du programme politique), Paul Guérin-Lajoie (premier ministre de l'éducation) et Jean Lesage lui-même en tant que chef du gouvernement. Galvanisée par la promesse électorale de Jean Lesage, devenue le solgan « C'est le temps que ça change », l'équipe libérale  a pour objectif l'affirmation du Québec sur les scènes fédérales et internationales et passe rapidement de la parole au geste, retirant notamment l'éducation et la santé au clergé pour les confier désormais à l'Etat. La devise du Permier ministre résume à merveille l'esprit de la décennie qui s'amorce, c'est-à-dire l'émergence de nouvelles valeurs dans tous les domaines (idéologie, économie, culture, éducation, sport, religion) et la mise au rancart des institutions traditonnelles.

La conjoncture économique est dans les années soixante toujours favorable avec des revenus qui augmentent plus que l’inflation. L’autonomie économique québécoise se traduit par une récupération des leviers économiques jusque-là largement laissés aux mains d’investisseurs étrangers ou aux Canadiens anglophones. Le gouvernement québécois devient donc le moteur de l’économie en intervenant fortement dans les finances, et en s’élargissant il crée un grand nombre d’emplois dans la fonction publique pour cette génération du baby boom. La nationalisation des secteurs industriels miniers, sidérurgiques et surtout hydroélectriques, permet, en plus de créer des emplois, de contrecarrer la concurrence grandissante de l’Ontario.

La société québécoise se tourne ensuite vers la consommation de masse et les loisirs. Elle s’accroche de plus en plus à l’American Way of Life et l’influence américaine sur les modes de vie est toujours plus forte, véhiculée par exemple par les séries télévisées qui ont un grand succès au Québec. L’entrée des femmes sur le marché du travail en est un autre signe et contribue à dynamiser les finances et l’économie de services mise en place. L’émancipation des femmes et la libération sexuelle qui s’installe alors dans le monde occidental bouleversent également le Québec. Les femmes cessent en grand nombre de pratiquer la religion catholique et souhaitent s’opposer à l'Humanae vitae du pape Paul VI qui affirme que « tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie » (1968). Un an plus tard le gouvernement fédéral modifie le code criminel et autorise la publicité et la vente de produits contraceptifs. De grands centres commerciaux accompagnent la construction de banlieues et la diffusion de l’objet de consommation inévitable à l’époque : l’automobile. On note alors dans la population un sentiment de confiance de plus en plus grand, basé sans doute sur les réussites économiques et sociales, qui pousse à une remise en question des valeurs traditionnelles, religieuses et morales, et qui encourage la remise en question de toute forme d’autorité. Ce phénomène explique sans doute en partie la poussée nationaliste qui marque la sphère politique des années soixante.  

  1. Expliquez pourquoi cette période est nommée « révolution tranquille ».
  2. Que représentent les quatre « L » qui forment l’« équipe du tonnerre » ?
  3. Comment le gouvernement libéral relance-t-il l’activité économique et crée des emplois ?
  4. Expliquez la formule du pape Paul VI que  « tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie » en tenant compte du courant d’émancipation pour la femme.
  5. Elucidez le slogan de Jean Lesage « C’est le temps que ça change ».
  6. Quel rôle joue l’American Way of Life et la consommation de masse ?
  7. Expliquer les raisons de la remise en question de l’autorité et de la poussée nationaliste.


L'élection de 1962 est remporté par Jean Lesage en brandissant le thème de la nationalisation de l’électricité et son fameux « Maîtres chez nous », phrase symbolique grâce à laquelle Lesage passe à la postérité. Il est baptisé « père du nationalisme québécois » et confirme la popularité des libéraux qui font des domaines de l’éducation, de la santé et de l’énergie, l'objet de toutes les attentions du gouvernement afin de reprendre le contrôle de ces institutions. Après la création de l'Assurance-maladie qui date de l'année 1960, est créé le premier ministère de l’éducation en 1964. Depuis, le système scolaire ne cessera  d’être amélioré. La scolarité est rendue obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans et les premiers cégeps (collèges d'éducation générale et professionnelle) voient le jour.  L'État "interventionniste" reprend aussi le contrôle de l'économie en fondant plusieurs entreprises d'État pour stimuler et dynamiser l'économie: la Société générale de financement (SGF) en 1962, la Sidérurgie du Québec en 1964, la Société québécoise d'exploration minière (SOQUEM) en 1965 ainsi que la Caisse de dépôt et de placement en 1965.  La nationalisation et le fusionnement des sept plus grandes compagnies hydro-électriques sous l'influence de René Lévesque, ministre des ressources naturelles, remet dans les mains de l'État le monopole de l'électricité. Lesage fait rayonner aussi le Québec à l’étranger en ouvrant une première Délégation générale du Québec à Paris en 1961, puis une autre à Londres en 1963. En 1964, le droit de vote passe de 21 ans à 18 ans.

Les libéraux se présentent donc à nouveaux aux élections de 1966 avec un bilan très positif, mais échouent devant un parti d’Union Nationale (1966-1968) redressé et des radicaux de gauches qui voudraient plus de réformes. Daniel Johnson est élu Premier ministre du Québec sous le slogan « Égalité ou indépendance », puis Jean-Jacques Bertrand (1968-1970) ancien ministre de l'Éducation sous le gouvernement de Johnson. Ardent nationaliste et défenseur des droits du Québec, Bertrand revendique une réforme constitutionnelle et propose aussi la loi 63, garantissant aux parents le droit de choisir l'école de leurs enfants.

C'est aussi pendant cette période des années 1960 que la fièvre nationaliste de plusieurs mouvements séparatistes voient le jour. Les militants du mouvement souverainiste qui défendent l'idée de l'indépendance politique du Québec se manifestent sous différentes formes. La branche la plus radicale de ce mouvement est sans doute le Front de Libération du Québec (FLQ) (cf. Radio Canada: La naissance du FLQ) qui prône l’utilisation de la lutte armée comme moyen d’affirmation et d’émancipation pour le Québec. D’obédience marxiste, il est composé de syndicalistes et d’étudiants en majorité et se distingue dès 1963 des souverainistes démocratiques par des actions violentes contre les possessions fédérales. Entre 1963 et 1970, le FLQ commet près de 200 crimes violents: des attentats à la bombe, des braquages de banque, des vols de dynamite...

Dans les années 1970, des milliers de Québécois se sont engagés dans des groupes communistes d’orientation marxistes-léninistes pour défendre un idéal humanitaire et révolutionnaire. En se penchant sur cet épisode méconnu de l'histoire québécoise récente, le sociologue Jean-Phioppe Warren (2007) tente d’éclaircir dans son livre Ils voulaient changer le monde - Le militantisme marxiste-léniniste au Québec (2007) l'embrigadement de jeunes citoyens qui voulaient changer le monde à coups de citations de Mao et de Staline.

« Le 13 octobre 2008 marquera le 40e anniversaire d’existence du Parti québécois. » (Lévesque, Michel/ Pelletier, Martin (2007) : Le Parti québécois : bibliographie (1968-2007). Québec : Bibliothèque de l’Assemblée Nationale du Québec.http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/09/948037.pdf , p. 4)  En 1968 est créé le Parti Québécois avec à sa tête l’ancien libéral René Lévesque (Laroque 2008; cf. aussi le livre-hommage de Beaudoin, Louise/ Dorlot, François (2007) : René Lévesque. Québec : Les Éditions La Presse.) qui se dissocie du gouvernement Lesage afin de mieux affirmer ses idées indépendantistes. Il dit par ailleurs dès 1962 « Je crois, peut être à tort, que nous n’avons pas vitalement besoin de vous (le reste du Canada) et je crois que ce sentiment va grandir parmis les Canadiens-Français » (Lacoursière, Jacques (2002): Une histoire du Québec. Sillery: Septentrion :168) Le Parti Québécois  regroupe les différentes formations politiques qui s’entendent sur une ligne de conduite souverainiste : le Québec doit obtenir son indépendance politique tout en restant économiquement attaché au régime fédéral. Lévesque défend les idées d'un mouvement souveraineté-association qui fait de lui un rebelle ambivalent aspirant à la souveraineté tout en restant arrimé au Canada.

En 1967 déjà, René Lévesque  publie son manifeste politique dans lequel il expose l'essentiel de sa pensée (cf. Le manifeste de R.L. "Un pays qu'il faut faire", 1967): "Nous sommes des Québécois. Cela veut dire d'abord et avant tout, et au besoin exclusivement, c'est que nous sommes attachés à ce seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit où il nous est possible d'être vraiment chez-nous... Jusqu'à récemment, nous avions pu assurer cette survivance laborieuse grâce à un certain isolement. Nous étions passablement à l'abri dans une société rurale, où régnaient une grande mesure d'unanimité et dont la pauvreté limitées aussi bien les changements que les aspirations. Nous sommes fils de cette société dont le cultivateur, notre père ou notre grand-père, était encore le citoyen central. Nous sommes aussi les héritiers de cette fantastique aventure que fut une Amérique d'abord presque entièrement française et, plus encore, de l'obstination collective qui a permis d'en conserver vivante cette partie qu'on appelle le Québec... La seule façon de dissiper ce danger (l'assimilation), c'est d'affronter cette époque exigeante et galopante et de l'amener à nous prendre comme nous sommes..."  Finalement Lévesque en vient à la conclusion "que le Québec doit devenir au plus tôt un État souverain" avec sa langue et sa culture. Selon Lévesque,  la souveraineté du Québec est cependant indissociable d'une association économique canadienne. « En résumé, nous proposons un régime permettant à nos deux majorités de s'extraire de cadres fédéraux archaïques où nos deux personnalités bien distinctes se paralysent mutuellement à force de faire semblant d'en avoir une autre en commun... Un régime dans lequel deux nations, l'une dont la patrie serait le Québec, l'autre qui pourrait réarranger à son gré le reste du pays, s'associeraient dans une adaptation originale de la formule courante des marchés communs, formant un ensemble qui pourrait, par exemple, et fort précisément, s'appeler l'Union canadienne.»

Cependant le parti conservateur en place jusqu’en 1970 poursuit la politique de réforme. En avril 1970, le libéral Robert Bourassa (1933-1996) arrive au pouvoir avec 72 sièges (contre seulement 7 pour le jeune Parti québécois) et concentre ses efforts sur une relance économique nécessaire du fait de l’inflation qui grimpe dangereusement. Il réforme également le secteur de la santé et se distingue du gouvernement fédéral très centralisateur. Le gouvernement Bourassa se caractérise par une volonté de compromis qui ne satisfait cependant pas les attentes de la population de plus en plus attirée par l’opposition souverainiste et indépendantiste qui s'est fait ressentir déjà au début des années 1960 et dont  la foule en délire devant le célèbre « vive le Québec libre » du général De Gaulle en 1967 à Montréal est une preuve. Déjà en 1968 Bourassa fut l'un des principaux instigateurs de la décision du parti de rejeter les propositions constitutionnelles de René Lévesque et immédiatement après son élection comme premier ministre, il est confronté à la crise d'octobre et aux revendications du Front de Libération du Québec.

Sujets d'étude
  1. Explicitez la phrase symbolique de Jean Lesage « Maîtres chez nous ».
  2. Dans quelle mesure peut-on parler d’un Etat interventionniste ?
  3. Caractérisez les différents mouvements séparatistes.
  4. Que pensez-vous des méthodes employées par le FLQ ?
  5. Faites une petite recherche sur l’orientation marxiste-léniniste dans les années 70.
  6. Faites un petit exposé sur le rôle de Mao et de Staline pendant la « guerre froide ».
  7. Qui est René Lévesque ?
  8. Elucidez les idées du mouvement souveraineté-association.
  9. Résumez la pensée politique de René Lévesque après la lecture des extraits tirés de son  « Manifeste » Un pays qu'il faut faire, 1967.
  10. Comparez le « Manifeste de Lévesque » avec le « Manifeste du Front de Libération du Québec et le « Rapport Durham » de 1838.

En Octobre 1970 le Québec connaît la plus grande crise de son histoire (cf. la crise d'octobre 1970, huit clips sur Radio Canada) avec l’enlèvement de James Richard Cross (cf. Radio Canada: L'enlèvement de J.R. Cross), attaché commercial du haut commissariat de la Grande-Bretagne, par la cellule felquiste, puis du ministre Pierre Laporte dont le corps est retrouvé dans le coffre d'une voiture. Cette crise pousse le Premier ministre québécois, Robert Bourassa, dépassé par les événements, à faire appel à son homologue fédéral, Trudeau, qui réagit de manière démesurée en décrétant la loi des mesures de guerre et en faisant intervenir l’armée fédérale pour combattre le FLQ. L'armée canadienne s'installe à Montréal pour assurer la protection des édifices gouvernementaux, et la police procède à 457 arrestations de citoyens, souvent innocents, sans avoir de mandat.

Dans le Manisfeste du Front de Libération du Québec, diffusé sur les ondes de Radio-Canada le 8 octobre 1970, on peut lire:
« Le Front de libération du Québec n'est pas le messie, ni un Robin des bois des temps modernes. C'est un regroupement de travailleurs québécois qui sont décidés à tout mettre en oeuvre pour que le peuple du Québec prenne définitivement en mains son destin.
Le Front de libération du Québec veut l'indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les «big boss» patronneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse gardée du cheap labor et de l'exploitation sans scrupules.
Le Front de libération du Québec n'est pas un mouvement d'agression, mais la réponse à une agression, celle organisée par la haute finance par l'entremise des marionnettes des gouvernements fédéral et provincial (le show de la Brinks, le bill 63, la carte électorale, la taxe dite de «progrès social » (sic), power corporation, l'assurance-médecins, les gars de Lapalme)....
Nous avons cru un moment qu'il valait la peine de canaliser nos énergies, nos impatiences comme le dit si bien René Lévesque, dans le Parti québécois, mais la victoire libérale montre bien que ce qu'on appelle démocratie au Québec n'est en fait et depuis toujours que la « democracy » des riches. La victoire du Parti libéral en ce sens n'est en fait que la victoire des faiseurs d'élections Simard-Cotroni. En conséquence, le parlementarisme britannique, c'est bien fini et le Front de libération du Québec ne se laissera jamais distraire par les miettes électorales que les capitalistes anglo-saxons lancent dans la basse-cour québécoise tous les quatre ans. Nombre de Québécois ont compris et ils vont agir. Bourassa dans l'année qui vient va prendre de la maturité : 100,000 travailleurs révolutionnaires et armés!...
Nous en avons soupé, et de plus en plus de Québécois également, d'un gouvernement de mitaines qui fait mille et une acrobaties pour charmer les millionnaires américains en les suppliant de venir investir au Québec, la Belle Province où des milliers de milles carrés de forêts remplies de gibier et de lacs poissonneux sont la propriété exclusive de ces mêmes Seigneurs tout-puissants du XXe siècle; d'un hypocrite à la Bourassa qui s'appuie sur les blindés de la Brinks, véritable symbole de l'occupation étrangère au Québec, pour tenir les pauvres «natives» québécois dans la peur de la misère et du chômage auxquels nous sommes tant habitués; de nos impôts que l'envoyé d'Ottawa au Québec veut donner aux boss anglophones pour les «inciter », ma chère, à parler français, à négocier en français : repeat after me : «cheap labor means main-d'oeuvre à bon marché»; des promesses de travail et de prospérité, alors que nous serons toujours les serviteurs assidus et les lèche-bottes des big-shot, tant qu'il y aura des Westmount, des Town of Mount-Royal, des Hampstead, des Outremont, tous ces véritables châteaux forts de la haute finance de la rue Saint-Jacques et de la Wall Street, tant que nous tous, Québécois, n'aurons pas chassé par tous les moyens, y compris la dynamite et les armes, ces big-boss de l'économie et de la politique, prêts à toutes les bassesses pour mieux nous fourrer. ... Nous vivons dans une société d'esclaves terrorisés, terrorisés par les grands patrons... Terrorisés par l'Église capitaliste romaine... Travailleurs du Québec, commencez dès aujourd'hui à reprendre ce qui vous appartient; prenez vous-mêmes ce qui est à vous. Vous seuls connaissez vos usines, vos machines, vos hôtels, vos universités, vos syndicats; n'attendez pas d'organisation miracle. .... Il nous faut lutter, non plus un à un, mais en s'unissant, jusqu'à la victoire, avec tous les moyens que l'on possède comme l'ont fait les Patriotes de 1837-1838 (ceux que Notre sainte mère l'Église s'est empressée d'excommunier pour mieux se vendre aux intérêts britanniques).
Vive le Québec libre!
Vives les camarades prisonniers politiques!
Vive la révolution québécoise!
Vive le Front de libération du Québec! »

En 1970, le Parti Québécois recueille 23% des suffrages et 30% en 1973. Le vocabulaire change alors au Québec, le terme de « province » apparaît de moins en moins dans la sphère publique tandis que nombre d’institutions sont maintenant qualifiées de « nationales », archives nationales, assemblée nationale…  L’option souverainiste semble cependant repousser un certain nombre d’électeurs. Le virage « étapiste » est donc donné dans le parti : le projet de souveraineté devra être soumis à referendum. Ce tournant permet au Parti québécois de gagner les élections de 1976 clôturant ainsi cette période de prospérité économique, sociale, mais aussi de montée de l’option politique souverainiste.  C'est la période de l'affirmation de l'identité du peuple  québécois qui prend son envol.

Sujets d'étude
  1. Que se passe-t-il pendant la « crise d’octobre 1970 » ?
  2. Quelles mesures le Premier ministre québécois, Bourassa, et son homologue fédéral, Trudeau, entreprennent-ils pour gérer la crise ?
  3. Résumez les clips sur Radio Canada consacrés à la crise d’octobre et l’enlèvement de J.R. Cross.
  4. Faites une analyse de style.
  5. Quelles sont les idées principales du Manifeste du Front de Libération du Québec, diffusées sur les ondes de Radio-Canada le 8 octobre 1970 ?
  6. Relevez et analysez les champs lexicaux du « Manifeste ».
  7. Comment évolue le terme de « province » au sein du Parti Québécois ?


Félix Leclerc
L’alouette en colère, 1971

J'ai un fils enragé ;
Qui ne croit ni à dieu
Ni à diable, ni à moi
J'ai un fils écrasé;
Par les temples à finances
Où il ne peut entrer
Et par ceux des paroles
D'où il ne peut sortir


J'ai un fils dépouillé;
Comme le fût son père
Porteur d'eau, scieur de bois
Locataire et chômeur
Dans son propre pays
Il ne lui reste plus
Qu'la belle vue sur le fleuve
Et sa langue maternelle
Qu’on ne reconnaît pas


J'ai un fils révolté ;
Un fils humilié;
J'ai un fils qui demain
Sera un assassin

Alors moi j'ai eu peur
Et j'ai crié à l'aide
Au secours, quelqu'un
Le gros voisin d'en face
Est accouru armé
grossier, étranger
Pour abattre mon fils
Une bonne fois pour toutes
Et lui casser les reins

Et le dos et la tête
Et le bec, et les ailes
Alouette, ah!

Mon fils est en prison
Et moi je sens en moi
Dans le tréfonds de moi
Malgré moi, malgré moi
Pour la première fois
Malgré moi, malgré moi
Entre la chair et l'os
S'installer la colère
La Chicane : La grande bataille, 1998
Paroles : Christian Marin et Serge Thibault
Musique: Alain Villeneuve

 
C'qui faut retenir de nos ancêtres d'la rébellion
Qu'y ont pas eu peur de lever les armes, d'aller au front
C'était noir de British tout l'tour de la maison
Seul contre tout un bataillon

En 1837, y avais pas d'mesure de guerre
On arrêtais quand tout le monde était couché par terre
Tout comme sur les plaines d'Abraham
Y'ont pas eu peur de mettre la chicane dans cabane

Cent ans plus tard ben assis dans nos salons
Duplessis a gagné l'électrification
Pour faire de la lumière sur notre religion
Se servant de l'église pour maintenir sa position

Depuis qu'on publie tout c'que les artistes veulent dire
On oublie vite ceux qui sont venus icitte pour construire
Au nom d'la liberté d'expression
Une image poétique à l'horizon

En '70 le F.L.Q. cogna Laporte
What's happening, dite-moé où est la Cross?
On va te l'dire pour un exil à Cuba
And don't worry vous nous reverrez pas

Cigarette à la main
J'vous demande juste oui ou non
Le people est négatif, O.K. j'men souviendrai
"Et si je vous ai bien compris
Vous êtes en train de dire à la prochaine fois!"

Au nom du People, au fils et du St-Esprit
On se sert de la chanson à l'heure de la raison
Serons-nous à la hauteur de nos ambitions?
La chicane est pognée, répondez à la question

Pour aller plus loin
Wallot, Jean-Pierre (2000) : Le Bas-Canada : une histoire mouvante ; du conservatisme atavique à la rationalité limitée. Sainte-Foy, Québec : CIEQ, Centre Interuniversitaire d'Études Québécoises.

LECLERC, Jacques:  "La modernisation du Québec (1960-1981): le français, langue étatique." Dans: Histoire du Français au Québec. Québec, TLFQ, Université Laval, [ http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/HISTfrQC_s4_Modernisation.htm ], (17. fébrier 2006).
Le parti québécois: (1) - Manifeste du FLQ: (1) ; (2), le manifeste
diffusé sur les ondes de Radio-Canada le 8 octobre 1970
Site historique du Front de Libération du Québec


 4.4. Les lois linguistiques et les deux référendums (1976-1995)

Le référendum de 1980 (vidéo 14:26)




Le référendum de 1995 (vidéo 02:16) (03:18); (04:28)




En 1976, René Lévesque est élu à la tête du Parti québécois. Déjà dans les publicités électorales des années 1970 Lévesque avait expliqué clairement les raisons d'établir la souveraineté et désamorcé les craintes suscitées par ce projet. Il est le vulgarisateur des problèmes relatifs aux dédoublements de compétences entre les deux paliers de gouvernement et il décrit le Canada comme « un pays de fous où on est en train de tout dédoubler... C'est un pays où on ne sera jamais autre chose qu'un appendice. » Il donne une définition imagée de la souveraineté, celle-ci signifiant: « un gouvernement à nous, normal, moderne, complet au lieu de deux morceaux... » (Monière 1998 :76). Aux élections de 1973 Lévesque se focalise sur « la récupération du pouvoir de taxation et la possibilité de travailler en français ». De plus il tente de rassurer les électeurs quant aux conséquences économiques de la souveraineté. La campagne électorale de 1976 a été  préparée bien en amont et Lévesque qui incarne la solution du Québec se sert de deux émissions télévisées pour vendre l'indépendance et ses modalités d'application en stimulant la fierté d'être Québécois, en calmant les peurs et en démontrant les avantages de l'indépendance (Monière 1998 :77).

L’apologie de la prise de conscience de la légitimité culturelle du peuple québécois se traduit par les revendications en faveur de la défense de la langue québécoise, seule garante de l’unicité d’une société multiethnique. C’est par toute une série de lois linguistiques que le parti québécois, souverainiste, nationaliste et indépendantiste, essaie de faire face à l’anglicisation et à l’assimilation linguistique en redonnant définitivement au français sa prééminence grâce à un arsenal législatif amorcé déjà en 1969. La loi 63 promeut la langue française au Québec en instituant l'enseignement obligatoire du français, langue d'usage, dans le réseau scolaire anglophone, et en 1974, la loi 22 sur la langue officielle impose l'usage du français dans l'affichage public et oblige les entreprises qui veulent traiter avec l'État à appliquer des programmes de francisation.

Après sa victoire électorale René Lévesque fait promulguer en 1977 la loi 101 dite aussi Charte de la langue française qui d'un seul coup exige que le français soit la langue officielle de l'administration, des cours de justice aussi bien que du commerce et de l'enseignement. Ainsi la loi 101 amorce un vaste programme de francisation sur les lieux de travail et dans les institutions publiques. De plus, le français est obligatoire pour les immigrants.

Les seuls à pouvoir fréquenter l’école anglaise sont les Québécois de vieille souche qui ont reçu leur enseignement primaire dans une école anglaise. Dans tous les autres cas le français est de rigueur jusqu’à l’université.

Avec cette loi, le Québec veut défendre sa culture et sa langue et combattre l’oppression linguistique. Cette loi accorde clairement la priorité au français, bien qu’officiellement le Canada soit un pays bilingue.

Charte de la langue française (1977, chap. 5) :  
  1. impose l'usage exclusif du français dans l'affichage public et la publicité commerciale; (langue de l'affichage commercial)
  2. étend les programmes de francisation à toutes les entreprises employant cinquante personnes ou plus; (langue du travail)
  3. restreint l'accès à l'école anglaise aux seuls enfants dont l'un des parents a reçu son enseignement primaire en anglais au Québec; (langue de l'enseignement)
  4. seule la version française des lois est officielle (langue de la législation et de la justice)
Cette loi devient le fer de lance d’un nationalisme croissant. Le chanteur Félix Leclerc écrit à propos de la Charte : « La loi 101 criait aux deux Amériques ce qu’on leur cachait depuis des siècles, qu’une Nouvelle-France existait à leur porte. La Loi 101 disait à l’univers que les Québécois étaient l'un des peuples fondateurs du Canada. » (Klaus 1993 : 40)

Toutefois cette primauté donnée à la langue majoritaire et officielle a donné lieu à plusieurs reprises à quelques actions en justice de la part d’anglophones mécontents déclarant que la «loi 101» soulignait leur « infériorité » vis-à-vis des Québécois et qu’elle était inconstitutionnelle. Selon la Charte les seuls enfants à pouvoir fréquenter l’école anglaise étaient les enfants dont un des parents québécois avait reçu son enseignement primaire dans une école anglaise. Dans tous les autres cas le français était de rigueur jusqu’à l’université. De la même manière, certains immigrants ont critiqué cette politique d'assimilation forcée à la culture francophone du Québec. Effectivement cette loi reste inconstitutionnelle (déclaration de la Cour suprême du Canada en 1988) parce que le Canada est un pays officiellement bilingue.

Les différentes revendications ont été prises en compte par plusieurs lois qui sont désormais entrées en vigueur :

En 1982 la Charte a été modifiée par la Loi constitutionnelle fédérale qui y a introduit le critère d’une « majorité des études » primaires qui ont dû être effectuées en anglais pour avoir accès à l’école anglaise. Le gouvernement fédéral s’est ainsi ingéré dans le domaine de l’éducation et a affaibli le cœur de la loi 101. Dorénavant, un individu qui a suivi la majeure partie de son enseignement en anglais dans une autre province que le Québec peut fréquenter l’école anglaise publique au Québec. Il devient ainsi possible de contourner les mesures scolaires de la loi 101 par un séjour dans une autre province.

Le 15 décembre 1988, le gouvernement libéral du Québec dépose le projet de loi 178, une loi visant à amender la « loi 101 ». La Cour suprême conclut que l'interdiction de toute autre langue que le français dans l'affichage public et la publicité commerciale va à l'encontre de la liberté d'expression et déclare nulles les dispositions de la « loi 101 » portant sur l'affichage unilingue dans les commerces et dans la publicité. Elle permet dorénavant l’affichage bilingue à l’intérieur des commerces à condition que le français ait une nette prédominance. Cependant l’usage exclusif du français dans l’affichage extérieur est maintenu.
    

La « loi 86 » votée en 1993 permet finalement d’afficher en deux langues (anglais et français) à l’extérieur comme à l’intérieur. Les deux langues ont par exemple le droit de figurer sur les panneaux de signalisation routière, mais la primauté du français doit être symbolisée par une différence de police, le français devant bien évidemment figurer en plus gros caractères.

En août 2007 le Québec a fêté le 30ème anniversaire de la Charte de la langue française qui est devenu un mythe pour les enfants de la loi 101, d’autant plus qu’ils n’en ont plus aucune connaissance réelle. La Charte est en effet beaucoup moins présente dans les discussions actuelles. Dans son livre « L’embarras des langues » (2007) Jean-Claude Corbeil, ancien directeur de l’Office de la langue française, dresse une vue d’ensemble sur la question linguistique au Québec en retraçant les origines, la conception et l’évolution de la politique langagière à partir de la Conquête (1760) jusqu’aux gains et points faibles du dispositif actuel.  Il démontre que la Charte de la langue française n’est qu’un volet législatif de la politique linguistique et qu’il faut tenir compte des éléments stratégiques pour l'avenir de la langue française au Québec, à savoir la politique d'immigration et d’enseignement du français aux enfants et aux adolescents et l’engagement de chaque citoyen envers la défense et l’illustration de la langue française.

Qu’est-ce qui doit être entrepris pour que la langue française ne recule pas une fois encore devant la pression de la langue anglaise ? Comment, de nouveau, nous convaincre tous ensemble que la langue française n’est pas une langue de seconde zone, tout juste utile à communiquer entre membres de la tribu ? Quel modèle linguistique faut-il proposer aux anglophones, aux allophones et aux immigrants quand ils arrivent au Québec ? Ces questions sont cruciales d’autant plus que le Québec reste une terre d’accueil, mais n’est pas libre d’imposer le français comme langue officielle parce que le gouvernement fédéral définit clairement les limites de la loi 101 qui serait discriminatoire en empêchant les enfants d’apprendre l’anglais et en imposant aux nouveaux arrivants de fréquenter l’école en français.

L’extrait de l’article La loi 101 de nouveau devant la Cour suprême rédigé par Jean-Claude Corbeil et publié dans le journal Le devoir, samedi 25 et dimanche 26 août 2007, illustre le débat actuel autour de l’éternel conflit linguistique :

En août 2007 « la Cour d'appel du Québec a invalidé la disposition de la Charte de la langue française dont l'objet est de bloquer le subterfuge des parents mécontents de ne pouvoir envoyer leurs enfants à l'école publique de langue anglaise et qui, pour y arriver, inscrivaient d'abord leurs petits en première année dans une école privée de langue anglaise non subventionnée; l'année suivante, ils demandaient ensuite leur admission dans les écoles publiques anglaises en invoquant que cet enseignement constituait pour leurs rejetons la majeure partie de l'enseignement primaire reçu au Canada, conformément à la loi actuelle.

C'était, ni plus, ni moins, pour les parents qui pouvaient s'en permettre le luxe, acheter pour leurs enfants le droit de fréquenter l'école anglaise. […] De plus, Brent Tyler, l'avocat des parents mécontents et l'éternel opposant à la Charte de la langue française, déclarait jeudi dernier, sur les ondes de Radio Canada, que son objectif ultime était le retour au libre choix de la langue d'enseignement accordé aux parents pour leurs enfants, indépendamment de la langue parlée à la maison. Ni plus, ni moins, en somme, que le retour à la loi 63 de 1969 (…)

Catastrophe pour le français !
Or, il faut rappeler les conséquences catastrophiques pour la langue française qu'avait eues, les années suivantes, le libre choix de la langue d'enseignement sur la fréquentation des écoles par les enfants francophones et allophones. Les effectifs de l'école de langue française avaient constamment diminué au profit de l'école de langue anglaise.

Des années scolaires 1969-70 à 1973-74, des parents francophones envoyaient leurs enfants à l'école anglaise, peu les premières années, de plus en plus chaque année suivante, jusqu'au frein de la loi 22 en 1974. Cette tendance était plus marquée à Montréal qu'ailleurs au Québec. Chez les allophones, c'était 86,3 % des enfants qui fréquentaient l'école de langue anglaise dans l'ensemble du Québec, soit 90,3 % à Montréal et 51,7 % ailleurs au Québec. L'école française n'accueillait donc qu'une très faible proportion des enfants non francophones, alors que l'école de langue anglaise devenait de plus en plus hétérogène du point de vue de la langue maternelle des enfants puisque 30 % de ses élèves étaient non anglophones, dont le tiers de langue maternelle française.(...)


Dans notre monde qui rapetisse de jour en jour, le multilinguisme individuel, de tout temps un avantage, devient de plus en plus une nécessité. L'amélioration de l'enseignement d'une autre langue que le français est une nécessité pour le Québec et ne doit pas être considérée comme une entrave à la francisation.

Nous en sommes là aujourd'hui, à devoir considérer la langue anglaise comme une ouverture sur le monde et sur une culture, mais sans pour autant risquer de compromettre le statut de la langue française comme langue officielle, langue commune du Québec, langue de travail, du commerce et des affaires, langue d'intégration des immigrants anciens et récents. » 


Bien que le Québec soit reconnu comme « société distincte » par la constitution, le gouvernement canadien se refuse de reconnaître la « nation québécoise » et d’accorder la primauté à la langue française malgré les efforts des indépendantistes. L’idée d’une nation francophone en Amérique du Nord s’oppose à la réalité de la constitution et d’une confédération officiellement bilingue. Pour que le Québec soit libre d’appliquer la loi 101 sur son territoire, il faudrait rouvrir la Constitution et l’amender. Mais le gouvernement actuel de M. Charest n’est pas prêt à débattre à nouveau des changements constitutionnels.

Malgré les modifications apportées à la loi 101, celle-ci a soudé et dynamisé les communautés francophones dans leur conscience nationale et linguistique. Au début des années soixante l’anglais dominait dans les grands magasins et sur les murs des villes dont la population parlait à 85% français. Quarante ans plus tard le français est omniprésent et s’affiche dans 94% des vitrines. Le débat entourant la politique linguistique n'est toutefois pas clos.



Sujets d'étude
  1. Quelle est la situation linguistique au Québec ? Décrivez-la très brièvement.
  2. A quelle date René Lévesque a-t-il été élu à la tête du parti québécois ?
  3. Quel objectif a-t-il poursuivi ?
  4. Décrivez les mesures législatives entreprises pour redonner la prééminence à la langue québécoise: a) 1969, la loi 93; b) 1974, la loi 22; c) 1977, la loi 101.
  5. Qu’a permis la Charte de la langue française ?
  6. Quelle a été la réaction des anglophones et des immigrés face à la loi 101?
  7. Étudiez le rapport entre la loi 101 et le mouvement nationaliste au Québec.
  8. Commentez la citation de Félix Leclerc.
  9. Pourquoi la loi 101 est-elle inconstitutionnelle ?
  10. Qui sont les personnes ayant encore le droit de fréquenter l’école anglaise ?
  11. Qui sont les Québécois dit « de vieille souche » ?
  12. La loi a suscité des conflits entre anglophones et francophones. Citez les arguments des anglophones.
  13. Dans quelle mesure les revendications des anglophones ont-elles été prises en compte ?
Comme promis, Lévesque tient un référendum sur la souveraineté du Québec (1980). Il utilise une approche modérée et souhaite négocier avec le Canada une entente de « souveraineté-association ». Cette volonté de compromis est bien montrée par l'extrait suivant de la question posée aux Québécois lors de ce référendum : cette entente permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même. Cette nature même de compromis a d'ailleurs selon certains contribué à la victoire du non. Ce concept de « souveraineté-association » est développé par Lévesque dans son livre La nouvelle entente Québec-Canada. Il y présente les différentes mesures qui donneraient plus de poids au Québec sans toutefois le séparer complètement du Canada. Le Canada et le Québec conserveraient ainsi un système monétaire et un tarif douanier communs ainsi qu'une zone commune de libre-échange. La libre circulation des biens et des personnes seraient également appliquée entre le Canada et le Québec. Pour résoudre les litiges serait créé un conseil mixte composé de Québécois et de Canadiens à part égale. Les Québécois acquièrent ainsi l'indépendance politique mais conservent les avantages économiques de l'union fédérale.

Les forces fédéralistes, avec le premier ministre Trudeau à leur tête, multiplient les menaces souvent fantaisistes, comme par exemple « vous perdrez vos chèques de pension », et Trudeau promet une réforme du Canada.  Finalement, les Québécois choisissent de voter non à 60%.


« Le Gouvernement du Québec a fait connaitre sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, a une nouvelle entente, fondé sur le principe de l’égalité des peuples.
Cette entente permettra au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté – et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie.
Aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum.
En conséquence, accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Le Parti Québécois reprend le pouvoir et tient un second référendum sur la souveraineté en 1995. Les Québécois doivent alors répondre à la question suivante : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995?» (Lévesque 2005 :50) Une des personnalités les plus charismatiques ayant mené campagne pour le OUI est Lucien Bouchard, leader du Bloc québécois, parti souverainiste. Il soutient l'idée d'association développée et défendue précédemment par Lévesque. En 1996, Bouchard devient chef du Parti Québécois puis Premier ministre du Québec.

Le résultat du vote est la victoire du NON à 50,6%. La marge est microscopique et ne représente en fait, une victoire pour personne. Malgré ses promesses de réforme et de reconnaissance du Québec, le premier ministre canadien Jean Chrétien ne fait strictement rien pour réparer la situation et refuse de reconnaître les Québécois comme peuple, ou même comme entité distincte. La stratégie de Chrétien est plutôt de demander à la Cour suprême de se prononcer sur la légalité d'une déclaration unilatérale d'indépendance du Québec. Il nie même l'existence d'une culture proprement québécoise. Chrétien fait même passer la loi sur la clarté référendaire, juste après le référendum. Par celle-ci il entérine le refus de la reconnaissance d'une déclaration unilatérale d'indépendance du Québec, à moins qu'une « majorité claire » se prononce pour celle-ci, cette expression n'étant pas clairement définie.

De plus, on apprend que le gouvernement fédéral a organisé plusieurs opérations frauduleuses, dont une opération citoyenneté menée juste avant le référendum. En effet, des groupes lobbyistes se sont créés pour soutenir la cause fédéraliste. Des illégalités financières ont également été relevées. En effet le Comité pour le OUI et celui pour le NON avaient chacun droit à un budget de 5 millions de dollars canadiens et le Comité pour le NON en a utilisé 30 millions. De plus, beaucoup de bulletins ont été annulés lors du dépouillement. Après une enquête les irrégularités ont été jugées isolées. La polémique reste pourtant largement ouverte. Tout cela montre l'énorme intérêt des Québécois pour la question. Cela se voit à travers l'immense participation au référendum et également par le succès du « Rassemblement pour l'unité » du 27 octobre. Les fédéralistes se sont alors réunis place du Canada à Montréal dans une grande manifestation.

Un autre problème a été soulevé lors de la campagne référendaire, celui des minorités québécoises. En effet, certains peuples tels les Cris veulent rester dans le Canada et ne sont pas solidaires de la cause francophone.

Pourtant, la participation a été telle et la victoire du NON si mince que le gouvernement canadien est désormais obligé de tenir compte de la réalité québécoise.


Sujets d'étude
  1. Faire une petite recherche sur René Lévesque.
  2. Qu'est-ce qu'un « vulgarisateur » ?
  3. Que suppose un « dédoublement de compétences » ?
  4. Qu'est-ce que la « souveraineté-association » ?
  5. En quoi est-ce un compromis ?
  6. Présenter Lucien Bouchard.
  7. Comment peut-on qualifier la victoire du NON au référendum de 1995 ?
  8. Qu'est-ce que la loi sur la clarté référendaire ?
  9. Quels ont été les problèmes et déviances constatés lors du référendum de 1995?
  10. Quelles sont les conséquences des deux référendums ?
 
« Au cours de son histoire, le Parti québécois a participé à trois référendums dont deux, ceux du 20 mai 1980 et du 30 octobre 1995, à titre de responsable de l’option du Oui et un, celui du 26 octobre 1992, en tant que responsable du camp du Non. Les deux premiers n’ont pas permis de recueillir une majorité des voix en faveur de l’option proposée (un mandat de négocier la souveraineté-association en mai 1980 et le mandat de réaliser la souveraineté après des négociations avec le reste du Canada en octobre 1995) tandis que le troisième a été remporté par l’option du Non refusant ainsi la proposition de réforme constitutionnelle (l’entente de Charlottetown) initiée par le gouvernement conservateur canadien alors dirigé par Brian Mulroney ; entente qui avait été entérinée par l’ensemble des premiers ministres provinciaux.(...)  Au cours de son histoire, le Parti québécois a dirigé les destinées du Québec pendant près de 18 ans soit de novembre 1976 à décembre 1985 et de septembre 1994 à avril 2003. »
(
Lévesque, Michel/ Pelletier, Martin (2007) : Le Parti québécois : bibliographie (1968-2007). Québec : Bibliothèque de l’Assemblée Nationale du Québec.http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/09/948037.pdf , présentation, p. ii-iii)



5.2. Développements actuels

Par rapport au reste du Canada, le Québec du dernier demi-siècle a accompli un rattrapage économique spectaculaire qui s'est traduit par un essor sans précédent  (Facal, Joseph/ Bouchard, Lucien (et.al.) (2005) : Pour un Québec lucide. PDF)
  • « en 1961, le revenu annuel moyen des Québécois francophones équivalait aux deux tiers seulement de celui des Québécois anglophones; aujourd'hui on est tout près de la parité de revenu entre les deux groupes linguistiques;
  • à l'époque, un jeune Québécois de 25 ans avait fréquenté l'école pendant 9 ans, contre 11 ans pour un jeune Ontarien; aujourd'hui, le jeune Québécois a fait 15 ans de scolarité, autant que l'ontarien; 
  • au chapitre du taux de chômage, l'Ontario ne devance plus le Québec que par 0,4 point (6,8% vs 6,2%), alors que l'écart atteignait presque 5 points aussi récemment qu’en 1989. » (Facal 2005 :2)
À l'heure actuelle l'avenir du Québec reste cependant menacé par le déclin démographique le plus rapide des pays industrialisés à l'exception du Japon, par la concurrence mondiale de la part des pays asiatiques, au premier chef de la Chine et de l'Inde, puis des pays latino-américains, et par l'endettement public. Actuellement le Québec consacre 16% de ses dépenses au service de la dette, c'est-à-dire 7 milliards par année. Si le gouvernement ne parvient pas à diminuer ce fardeau, la précarité financière s'aggravera brusquement dès que les taux d'intérêt augmenteront. Avec une dette de 120 milliards, chaque augmentation d'un point des taux ajoutera, à terme, 1,2 milliard au service de la dette. L'allégement du fardeau de la dette publique doit alors devenir une priorité.

Par ailleurs le déclin démographique a aussi des répercussions sur le nombre des francophones (et anglophones) qui est en recul, alors que le nombre des allophones (personnes parlant une langue maternelle tierce) est en progression. Dans la région de Montréal  40% des habitants ne sont ni de souche française ni de souche britannique. Montréal concentre à elle seule 88% de l'ensemble de la population immigrée du Québec et compose une fascinante mosaïque humaine. C'est dire l'importance que prennent ces nouveaux électeurs lorsqu'un scrutin se joue à quelques milliers de voix près, comme ce fut le cas lors du dernier référendum indépendantiste de 1995.

Le danger ne se présente pas sous forme de précipice, mais de longue pente descendante qui pourrait se terminer par une glissade inexorable. « Selon les projections de l'Institut de la statistique du Québec, le Québec comptera 7,8 millions d'habitants en 2050, à peine 300 000 personnes de plus qu'aujourd'hui. Aussi tôt qu’en 2012, il y aura de moins en moins de gens en âge de travailler, de moins en moins de jeunes et de plus en plus de personnes âgées. (…) Dans 40 ans, les 7,8 millions de Québécois seront entourés par près de 1,2 milliards de personnes, parlant pour la plupart anglais et/ou espagnol » (Facal 2005 :4) et devront faire face aussi à une concurrence inédite venant des pays asiatiques. L'entrée de plus d'un milliard de nouveaux travailleurs dans le circuit de l'économie mondiale ne peut être ignorée de personne. « Depuis 2000, la production manufacturière a augmenté de 50% en Asie, tandis qu'elle stagne au Canada. Au cours des deux dernières années, le niveau d'emploi dans l'industrie québécoise de fabrication de vêtement a diminuée de 40%. (…) Que fabriquerons-nous mieux que les Chinois et les Indiens dans 10 ou 20 ans ? » (Facal 2005 :4)

Pour demeurer une société distincte il faudra alors que le Québec continue à se développer économiquement et socialement et qu'il ouvre les vannes de l'énergie, de l'originalité et de la créativité afin d'assurer le mieux-être de ses citoyens. Quels sont les arguments en faveur d’un 3ème référendum sur le Québec libre ? Quelles sont les idées sur lesquelles les souverainistes doivent réfléchir pour se réconcilier avec leur projet ? Voilà les questions auxquelles Michel Venne (2002) essaie de répondre dans son livre « Souverainistes, que faire ? » paru chez vlb éditeur, Québec, 2002 (cf. quelques extraits en format word). Selon l’auteur, ce sont sept clés qui définiront le nouveau modèle québécois : « La liberté, la responsabilité, l’identité, la citoyenneté, la solidarité, la démocratie et la confiance. » (cf. p.11 et chapitre III, les sept clés de la souveraineté, p : 63 sqq.). Cependant, la population ne semble pas vouloir se prononcer sur la tenue d’un nouveau référendum à court terme afin de ne pas replonger le Québec à nouveau dans une phase existentielle.

Pour  avoir des renseignements plus approfondis sur l'actualité du Québec nous vous renvoyons à l'ouvrage de Michel Venne et de Miriam Fahmy, intitulé  L'annuaire du Québec 2008, qui présente les chiffres actuels sur la démographie, l'emploi et l'économie québécoises ainsi que la chronologie des grands événements de l’année 2007 et un grand dossier sur les résultats des élections québécoises de 2007. Dans un autre livre qui vient de paraître en 2008, Lettres sur l'avenir du Québec, Joseph Facal et André Pratte publient une passionnante correspondance sur la question de la souveraineté du Québec. Tels deux preux chevaliers, Pratt et Facal s'affrontent à visière levée pour défendre chacun sa position. Ainsi ils exposent tous les aspects de la question: que ce soit les avantages symboliques du statut de minorité, la prospérité actuelle ou à venir, la croissance démographique ou l'intégration des immigrants, ou encore des thèmes plus terre à terre, comme les modalités de l'accession à l'indépendance ou l'intégrité du territoire québécois. Ce salutaire exercice d’analyse permettra au lecteur d’éclaircir ses propres convictions. Et pour terminer nous vous conseillons le livre de Laurence Nadeau (2008) S’installer et travailler au Québec 2008-2009 qui contient les informations utiles pour tous ceux qui souhaitent s'installer au Québec pour des raisons professionnelles : présentation historique et pratique de la province, les formalités de départ et administratives sur place, les logements, l'intégration, les finances, le travail au Québec, les secteurs porteurs, la recherche d'emploi ou la création d'entreprise. Nous vous souhaitons bonne chance et bon travail!

Pour aller plus loin: LECLERC, Jacques:  "Réorganisations et nouvelles stratégies: de 1982 à nos jours." Dans: Histoire du Français au Québec. Québec, TLFQ, Université Laval,
[ http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/HISTfrQC_s5_Reorientations.htm ], (17. fébrier 2006).

(Venne, Michel/ Fahmy, Miriam (dir.) (2008) : L’annuaire du Québec 2008). Montréal: Fides;  Facal, Joseph/ Pratte, André (2008): Lettres sur l'avenir du Québec. Montréal : Boréal; Gagnon, Alain-G./ Iacovino, Raffaele (2008) : De la nation à la multination. Les rapports Québec-Canada. Montréal :Éditions Boréal; Bock-Côté, Mathieu (2007) : La dénationalisation tranquille. Montréal : Éditions Boréal; Boulet, Gérard/ Payette, Jean-François (2007) : Le nationalisme repensé. Essai d’ontologie critique. Presses de l’Université du Québec ; Chréstien, Jean (2007) : Passion politique. Montréal : Éditions Boréal.)


Les cowboys fringants - En berne
Paroles et musique: Jean-François Pauzé
Albums: Break syndical, 2003
Vidéo 4'31

I
Chu né "dins" années soixante-dix

Dans un Québec en plein changement
Où l'emblème de la fleur de lys
Donnait un peu d'espoir aux gens

Mais quand je r'garde ça aujourd'hui
Chu donc pas fier de ma patrie
Ça dort au gaz dins bungalows
Le cul assis su'l statut quo

En s'gavant de téléromans
Et des talks-shows les plus stupides
Se laissant mourir su'l divan
Avec leur petit air candide

Dans ce royaume de la poutine
On s'complait dans' médocrité
Bien satisfaits de notre routine
Et du bonheur pré-fabriqué

"Prendrais-tu un p'tit gratteux?"
Me dit l'caissier au dépanneur
"Enweye le gros, sors ton p'tit deux
Être millionnaire c'est le bonheur"

Y's'met à rêver le samedi
Qu'y va p't'être quitter son taudis
Espère toujours maudit moron
T'as une chance sur quatorze millions

Dans l'stationnement du casino
Un gars s'tire une balle dans la tête
Ayant tout "flobé" son magot
Y'avait pu trop l'coeur à la fête
II
Mais l'gouvernement s'en balance

Y's'nourrit à même les gamblers
En exploitant leur dépendance
Un peu comme le f'rait un pusher
Si c'est ça l'Québec moderne
Ben moi j'mets mon drapeau en berne
Et j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!
Si tu rêves d'avoir un pays
Ben moi j'te dis qu't'es mal parti
T'as ben plus de chances de gagner à' loterie...
On a été pendant des années
Un petit peuple de yes-man
Qui marchait les fesses serrées
Quand arrivait le foreman

Aujourd'hui ça' un peu changé
Les gars sont tous syndiqués
Ça jase trois-quatre autour d'une pelle
En r'gardant le plus jeune faire du zèle

Mais faudrait pas s'réjouir trop vite
On est encore des porteurs d'eau
À la solde des gens de l'élite
Et des pleins d'marde en tuxedo

Quand l'boss d'une grosse corporation
Ferme son usine en Gaspésie
'Te d'mandera pas ton opinion
Y' va t'slaquer sans t'dire merci!

Un robineux quête dans la rue
Au pied d'un grand building en verre
Y va passer inaperçu
À la sortie des actionnaires

C'qui compte pour eux c'est les revenus
Et non les problèmes de la terre
"C'pas d'ma faute si t'es un trou d'cul
Moi l'important c'est que j'prospère"

Et l'premier-ministre fait semblant
Qui s'en fait pour les pauvres gens
Alors qu'on sait qu'y est au service
Des fortunés et d'leurs business
III
L'environnement, la pauvreté

Ç'pas des sujets prioritaires
On n'entend pas beaucoup parler
Derrière les portes des ministères
Si c'est ça l'Québec moderne
Ben moi j'mets mon drapeau en berne
Et j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!
Si t'es content de ce pays
Ben ça mon homme c'est ton avis
Tu dois être le PDG d'une compagnie
Quand on apprend que dans le nord
Y's'passe de quoi d'pas catholique
Que nos forêts sont mises à mort
Ça jase dans l'opinion publique

Deux s'maines et ça sombre dans l'oubli
L'histoire est morte et enterrée
Et dans le parc d'la Vérendrye
Ils continuent à tout raser

C'est ça l'problème de ma patrie
Y'a pas personne pour s'indigner
Contre la fausse démocratie
Qui sert les riches et les banquiers

Dans cette contrée peuplée d'ignares
'Faut pas trop s'rappeler d'son histoire
Ici y'a juste les plaques de char
Qu'y ont encore un ti-peu d'mémoire...
Si c'est ça l'Québec moderne
Ben moi j'mets mon drapeau en berne
Et j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!
Si c'est ça qu't'appelles une nation
Probable que tu sois assez con
T'es mûr pour te présenter aux élections...

Si c'est ça l'Québec moderne
Ben moi j'mets mon drapeau en berne
Si c'est ça l'Québec moderne
Ben moi j'mets mon drapeau en berne


Mes Aïeux

Dégénération, 2004





Mes Aïeux
Dégénération, 2004
Album: En famille

 
Ton arrière-arrière-grand-père il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père il l'a vendue, pour devenir fonctionnaire

Et pis toi mon p'tit gars tu sais pus c'que tu vas faire
Dans ton p'tit trois et d'mie, ben trop cher fret en hiver
Il te vient des envies de dev'nir propriétaire
Et tu rêves la nuit d'avoir ton petit lopin d'terre.

Ton arrière-arrière-grand-mère elle a eu quatorze enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en a eu trois c'tait suffisant
Pis ta mère en voulait pas, toi t'étais un accident

Et puis toi, ma p'tite fille, tu changes de partenaire tout l'temps
Quand tu fais des conn'ries, tu t'en sors en avortant
Mais y a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit, d'une grand' table entourée d'enfants
Ton arrière-arrière-grand-père a vécu la grosse misère
Ton arrière-grand-père il ramassait les cennes noires
Et pis ton grand-père, miracle, y est devenu millionnaire
Ton père en a hérité il a tout' mis dans ses REER

Et pis toi p'tite jeunesse tu dois ton cul au ministère
Pas moyen d'avoir un prêt dans une institution bancaire
Pour calmer tes envies de "hold-uper" la caissière
Tu lis des livres qui parlent de simplicité volontaire
t comme
Tes arrière-arrière-grands-parents ils savaiennt fêter
Tes arrière-grands-parents ça swinguait fort dans les veillées
Pis tes grands-parents ont connu l'époque yé-yé
Tes parents c'tait les discos c'est là qu'ils se sont rencontrés

Et pis toi mon ami qu'est-ce que tu fais de ta soirée ?
Éteins donc ta TV faut pas rester encabané
Heureus'ment que dans vie certaines choses refusent de changer
Enfile tes plus beaux habits car nous allons ce soir danser
 
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